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5.0 étoiles sur 5
Disque génial d'un groupe essentiel, 12 avril 2006
Depuis l'enregistrement du magnifique 'The New Romance', les Pretty Girls Make Graves ont été largement remodelés : ainsi, la perte de l'un de leurs guitaristes, décidé à se consacrer à sa famille, a été compensée par l'arrivée d'une préposée aux claviers. En conséquence, le groupe a purement et simplement abandonné un album entier déjà composé pour intégrer au processus d'écriture cette nouvelle arrivante. Pour un observateur extérieur, il est difficile de déterminer dans quelle mesure c'est l'évolution naturelle du groupe ou les imprévisibles changements d'effectif qui ont conduit à 'Elan Vital', qui marque une rupture radicale avec les œuvres précédentes du groupe.
En un raccourci réducteur et simpliste, Elan Vital pourrait être considéré comme un disque pop. Ce n'est pas l'adjectif qui vient spontanément à la bouche lorsque l'on évoque PGMG, mais afin de rendre compte de la mini révolution dans le son du quintet, pop s'impose. Ce qui n'a rien de péjoratif, loin de là, il faut ici entendre pop comme luxuriant, sophistiqué, excitant, téméraire, ludique. Si on ne retrouve que rarement ici (Wildcat, bref rappel d'un passé glorieux) l'énergie brute punk que déployaient sans relâche la plupart des chansons précédentes du groupe, la tension, la force mélodique, l'originalité, l'ambition et la profonde sincérité et vitalité de leur art sont toujours présentes.
Passé le choc initial de ne retrouver que des bribes de ce que j'avais adulé chez eux, les écoutes successives confirment toutes les qualités des compositions, qui sont plus aérées, moins intenses mais tout aussi prenantes.
Ce groupe est grand pour ne s'être jamais reposé sur une formule, ce qui lui permet de survivre sans encombre à la disparition de ces entremêlements savants de guitare, et d'intégrer avec brio un nouveau membre qui étoffe le son du groupe à travers une multitude d'arrangements en lui ouvrant de nouvelles perspectives (accordéon, piano) . L'ambition ainsi que le courage de ce disque sont remarquables, prenant le risque de s'aliéner les fans de la première heure, probablement surpris par ce changement brutal de direction. The New Romance reste évidemment un album exceptionnel, définitivement inusable. Le groupe ne le renie certainement pas, mais il est passé à autre chose : comment ne pas se réjouir de cette perpétuelle volonté d'avancer, de ne pas se répéter dont font preuve ces jeunes gens ?
Certains morceaux frôlent la perfection, accrocheurs mais d'une richesse inouïe, la virtuosité des musiciens étant toujours au service de la chanson, sans esbroufe mais avec une fougue et un enthousiasme délectables. Pyrite Pedestal, Selling The Wind The Number ou Domino sont peut-être les plus beaux joyaux de ce disque, même si chaque écoute permet de déceler de nouveaux éclats de diamant brut.
Bien sûr on pourrait dans un élan de conservatisme se laisser aller à exprimer le léger regret qu'on ne peut s'empêcher d'éprouver devant l'absence d'hymnes mais ce serait passer à côté de l'essentiel : voici un disque passionné, qui n'est certes pas le plus provocateur de l'année, ni le plus à la mode, mais qu'on peut chérir toute une vie, seul contre tous s'il le faut, à l'image du groupe, méconnu et sous-estimé et qui semble n'exister que pour l'amour de la musique. Et pour citer la première phrase de leur premier album 'Do You remember what the music meant to you ? / Te souviens tu de ce que la musique signifiait pour toi ?' Moi oui, et eux aussi. Elan vital, en effet.
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