Récit :
Il y a quelques semaines, dans un bus, je voyais à quelques mètres de moi un quidam en train de lire un journal de la presse nationale. De là où j'étais, je parvenais à lire les gros caractères. Notre homme se trouvait visiblement aux pages « Culture », si j'en crois le titre de l'article qu'il lisait et qui était le suivant : « Michel Sardou se met à la techno ». Un titre à faire frémir les fans de l'un (Sardou) et de l'autre (la techno). C'est vrai que « Michel Sardou se met à la techno », ça sonne un peu comme « AC/DC chante Tino Rossi », « Pagny chante Brel » (tiens, il parait qu'il existe
celui-là !) ou « DSK candidat de la gauche en 2012 », c'est-à-dire comme une (mauvaise) blague. Cela dit, je ne suis pas dupe, je sais très bien ce que les « mass medias » et le « grand public » entendent par « techno » : pas
Juan Atkins,
Carl Craig ou
Jeff Mills, mais plutôt les attristants David Guetta ou Laurent Wolf. C'est que pour eux, la vie est simple : dès qu'il y a une guitare, on est « rock », dès qu'il y a un sax, on est « jazz » et dès qu'il y a un synthé et une boîte à rythmes, on est « techno », un Goldman pouvant ainsi se permettre le luxe d'être les trois à la fois. Toutefois, intrigué par ce titre mystérieux, je décidais de mener mon enquête.
Je me rendis donc au rayon « presse » de mon supermarché pour feuilleter le fameux journal. C'est là que je tombe sur l'article tant convoité, en fait une mini-interview du chanteur. Celui-ci évacue d'entrée la question politique : « Ne me parlez pas du Président ! J'y ai cru mais je n'y crois plus... Quand on promet 14 réformes et qu'on n'en fait pas une... ». Toujours déçu de ses votes, Michel, déjà Chichi en 95, hein... Il déplore en outre qu' « on monte les gens les uns contre les autres » (débat sur l'identité nationale) et qu'on s'apprête à légiférer « pour quelques centaines de personnes » (burqa). Enfin un peu de lucidité... Et la musique alors ? Eh bien par « techno », il fallait comprendre une nouvelle version de son tube « Etre une femme » remixé par le DJ... Laurent Wolf (qu'est-ce que je vous disais ?), préambule à la sortie d'un nouvel album à la fin de l'été. C'est ce qui nous est donné à entendre ici. Aucune surprise, des sonorités électro mille fois entendues, vulgaires, pour les clubs, avec ce son puissant et saturé (et dont on est d'ailleurs saturé) popularisé par Daft Punk dans les années 90 puis copié (en moins bien) un peu partout depuis, de Vitalic à Justice en passant par Digitalism.
Question : à quand Charles Aznavour remixé par Ellen Allien ?