Présentation de l'éditeur
Quatrième de couverture
Baptisé péjorativement spaghetti-western, le western italien a évolué dans une sorte de no man's land culturel, suscitant les controverses les plus folles. Il a pourtant acquis ses lettres de noblesse grâce à une poignée de réalisateurs soucieux d'innovation. Sergio Leone, considéré à tort ou à raison comme le père spirituel du western all'italiana, dont les films ont été des succès internationaux, a élevé le genre au rang d'oeuvre d'art.
Ma vocation de monteur de films a été suscitée par le visionnage des films du metteur en scène romain ; et très tôt, en 1968, j'ai pris la défense du western italien contre les foudres de la critique. Lorsque je rencontre Leone en 1974, je lui présente les prémices d'un livre le concernant. Ce dernier m'encourage chaleureusement à continuer. C'est seulement vingt-deux ans plus tard, peut-être à cause d'une profonde nostalgie, que j'ai décidé de reprendre et de transformer mon manuscrit, l'élargissant au profit du phénomène global qu'à représenter le western à l'européenne.
Doté d'un éclairage nouveau, mûri par le temps et de nombreuses archives, le présent ouvrage, à la fois histoire, commentaire, et répertoire, réhabilite le discours et l'esthétique du genre, l'analyse à travers ses constantes, ses mythologies, ses personnages, et met à jour ce qui le différencie du western américain.
Une des raisons du succès du western européen correspond aux préoccupations d'une époque : le milieu et la fin des années soixante, les bouleversements de 1968, où toute une jeunesse se révolte contre la société de "papa", la prise de conscience du tiers-monde, la dénonciation des dictatures en Amérique Latine. Puis, au cours des années soixante-dix, l'Italie prise dans la tourmente du terrorisme, des problèmes de mafia et de corruption du pouvoir politique.
Pour les très jeunes cinéphiles des cinémas de quartier d'alors, les westerns iconoclastes venus d'Italie remettaient en question la chanson de geste de !'Ouest américain mythifié par le western hollywoodien classique. Dégagés de la tutelle de leurs aînés d'outre-Atlantique, grâce à la démarche critique effectuée par Leone, les cinéastes européens, et plus spécifiquement les Italiens, ont créé le seul genre parricide de l'histoire du cinéma en le dotant d'un nouveau code moral. Mort de ses outrances à la fin des années soixante-dix, le western italien n'a pourtant cessé d'influencer les réalisateurs : sans lui, Stanley Kubrick n'aurait pu réaliser Orange mécanique, Sam Peckinpah la Horde sauvage. Plus récemment, Clint Eastwood, Martin Scorsese, Quentin Tarentino, Robert Rodriguez, John Woo doivent beaucoup aux Italiens dans la manière de fusionner humour et violence, de chorégraphier cette dernière ; le réalisateur de Pulp fiction cite volontiers Sergio Leone.
Avec passion et rigueur, j'ai cherché à réajuster la valeur culturelle du western latin dont une partie de l'intelligentsia cinéphilique refuse toujours la légitimité : à savoir, la rencontre, souvent ironique, des traditions latines et des mythes américains, la Commedia dell'arte, le mélodrame populaire, la tragédie grecque, l'opéra, les marionnettes siciliennes, le roman picaresque alimentent le mythe de l'Ouest et en offrent une lecture désenchantée où la perte de l'innocence fait place à une "quête désespérée d'un terrain où survivre.
I1 était une fois... le western européen est un livre (un guide) théorique et pratique, qui s'adresse autant à la curiosité du spectateur profane, au cinéphile averti, qu'à l'étudiant ou à l'historien du cinéma ; pour moi, il représente trente ans de passion, sept années de travail pour (e rédiger et le livrer enfin aux lecteurs.
Une filmographie de plus de 600 films, ainsi que celles concernant les réalisateurs, les acteurs et les compositeurs, complètent cet ouvrage et donnent ainsi sa véritable ampleur à un cinéma populaire étonnement éclectique par sa diversité artistique, diversité qui le projette au-delà du simple phénomène de mode commercial.
Bon voyage dans l'Ouest à l'européenne
