"11/22/63" est la date où JFK se fait assassiner à Dallas. C'est en théorie le sujet principal du livre et en fait, d'après moi, plus un prétexte à raconter une histoire à la
Benjamin Button.
Nous faisons connaissance, dans le verdoyant et paisible état du Maine cher à S. King, de Jake, un tranquille professeur d'anglais. Jake part s'acheter un burger dans sa sandwicherie préférée quand il s'aperçoit que son propriétaire, Al, semble avoir considérablement vieilli en une journée. Al, qui va bientôt mourir, lui confie son secret: son débarras mène dans le passé. A 11h58 du matin, un jour de 1958 très précis. Et Al aimerait bien que Jake mène son grand projet: aller dans le passé et y vivre jusqu'à neutraliser Lee Oswald, avant qu'il ne tue Kennedy.
Le premier voyage dans le passé se déroule dès la fin du premier chapitre et dès ce moment, j'étais complètement happée dans l'histoire. C'est à la fois ludique (à chaque fois qu'on repasse par le débarras, on remet l'histoire à zéro, et quand le personnage revient dans le passé, il doit rejouer les scènes comme dans
Un Jour sans fin) et tragique (les personnages du passé oublient Jake et si celui-ci oublie quelque chose, cela peut avoir des conséquences catastrophiques).
Le fantastique est léger: le récit est essentiellement, comme souvent chez King, une histoire humaine, dans le cas présent une très belle histoire d'amour. Malgré cette légère touche de fantastique (mais insistante, car livrer un élément du futur dans le passé peut contribuer à dérégler le temps), je n'ai pas vu le temps passer. Comme Jake, on s'émerveille de ce retour au temps passé. On s'en désole aussi, en voyant la ségrégation raciale aux toilettes ou dans une bien moindre mesure le règne de la cigarette. Mais finalement il n'y a guère de différences avec 2011: "people pay more for gasoline and have more buttons to push. Otherwise, it's about the same".
On découvre aussi, comme d'habitude, des personnages haut en couleurs (les personnages féminins m'ont semblé particulièrement réussis et marquants). Et on retrouve les marottes habituelles de S. King: un personnage principal écrivain à ses heures, la bonne vieille ville de Derry (qui depuis tous ces livres en a vu des vertes et des pas mûres), le clown près des enfants comme dans
Ça, le mari tabasseur, la folie, le Monstre...
Finalement, c'est l'histoire qui était censée être la plus importante, celle visant à stopper l'assassinat de JFK, qui m'a la moins intéressée (mais qui doit j'imagine beaucoup "parler" aux lecteurs américains et qui paraît monstrueusement documentée). Heureusement pour moi, elle n'arrive que tardivement et brièvement au premier plan. Ce livre reste surtout le voyage personnel d'un homme, le récit d'amours et de renoncements nécessaires. Cela faisait 15 ans que je n'avais pas lu un S. King, j'ai lu celui-ci aussi voracement que ses autres livres quand j'étais ado et j'ai de plus été très émue par la fin. Dans mes souvenirs ses livres étaient divertissants et imaginatifs, mais je ne me souvenais pas qu'ils parlaient aussi bien au coeur humain.
(lu en anglais)