Publié en 1988, ce premier album d'une jeune chanteuse de folk noire- américaine jusqu'alors inconnue fit forte impression aux quatre coins du globe. Rassemblant une douzaine de chansons écrites et composées par cette native de Cleveland (Ohio) entre 1982 et 1987,
Tracy Chapman fait montre d'une maturité étonnante et distille un feeling naturel rare. Il remet aussi les guitares acoustiques à la mode. Tout en sobriété, les ballades finement troussées et les titres mid-tempo chaloupés juste ce qu'il faut nous promènent à travers l'Amérique des laissés-pour-compte et du désarroi sentimental. Des tranches de vie flétrie exposées par la plume juste de Tracy et transcendées par une interprétation généreuse en frissons. Une voix qui vient du coeur, comme on dit.
--José Guerreiro
Tracy Chapman, chanteuse éponyme de ce premier album, voit sa notoriété s’étendre internationalement grâce à sa prestation lors du médiatique Nelson Mandela’s 70th Birthday Tribute Concert au Stade Wembley. Sa surprenante interprétation touche le public et enflamme les ventes de cet enregistrement qui sera récompensé trois fois lors des 31èmes Grammy Awards.
« Talkin’ Bout A Revolution » introduit le disque et augure l’âme de cette artiste fervente qui fera retentir ce titre comme un hymne lors de chacun de ses concerts. L’obsédante, sobre et émouvante mélodie de
« Fast Car », où elle invite à prendre son destin en main, lui vaudra le Grammy de la meilleure interprétation féminine. Tracy Chapman aborde ensuite tour à tour les thèmes qui lui sont chers : les tensions raciales dans
« Across the Lines », la violence conjugale dans
« Behind the Wall », le romantisme passionné dans
« For My Lover », tandis que
« Baby Can I Hold You » est une déclaration d’amour poignante et douce.
Sobriété de l’instrumentation (Tracy, à la guitare, est généralement accompagnée seulement d’une basse et d’une batterie), simplicité de l’harmonie, le style folk tirant parfois sur le rock captive grâce à un swing efficace et au pouvoir évocateur qui se dégage, ou par l’extrême dépouillement, à l’image de
« For You ». Seul
« Mountains O’Thing » se distingue par l’utilisation de discrètes touches de vibraphone, de flûte de pan et de percussions, ou
« She’s Got Her Ticket » par un style aux assonances reggaes.
Sincère, Tracy Chapman n’hésite pas à se mettre à nu comme dans l’étrange titre a capella
« Behind the Wall ». Androgyne et singulière, sa voix, au timbre entre raucité et chaleur, dégage une ferveur et une force de caractère. Une certaine fragilité transparaît néanmoins dans ce vibrato nerveux si personnel et caractéristique.
L’ambivalence entre force, espoir, pessimisme ou mélancolie révèle une personnalité complexe. Grammy Awards du meilleur album folk en 1989, Tracy Chapman, avec le recul d’une vingtaine d’année, mériterait bien de se classer parmi ces fameux « albums de légende ».
Sophie Lespiaux - Copyright 2012 Music Story