L'œuvre d'Antoine Chainas, au sein du monde du polar, a une place à part. Chainas s'écarte, ai-je l'impression, de tout courant et donne libre cours à la création de sa plume sans tenter de répondre à tout canon, ainsi il est parvenu à composer d'excellents romans, tel « Versus » paru en 2007. Ce style, qui bouscule et force les phrases tout en triturant ses personnages comme son lecteur, ne peut laisser indifférent. Quelque ne supportera pas une telle attaque à la frontière de la corruption et abandonnera la partie, un autre sera happé par l'éruption des mots et sera transporté, j'appartiens à la seconde catégorie.
On peut s'étonner qu'un auteur avec une écriture, un style et des récits tant à la marge compose avec une série et une bible exigeantes. Antoine Chainas a sorti son Poulpe, et sans surprendre, « 2030: L'odyssée de la poisse » se démarque nettement des autres opus de la collection. Lecouvreur se retrouve dans un roman futuriste peu éloigné des progrès de notre siècle. Sous le poids des ans, Gabriel, 70 hivers, « n'assure plus », croit-on. « (Mal) Heureusement », la société Omnicron, grâce à ses clones, les Omnimorphes, peut vous offrir des séances de Porn-incarnation, moments de baise mémorables. Le Poulpe, comme à l'accoutumée, ne se laisse par enfumer par les apparences et découvre que les Omnimorphes ne jouissent d'aucun droit, n'ont plus de souvenir et d'émotion. Il va combattre un ennemi dans un Etat qui paraît bien fasciste et une société où la surconsommation sur-règne encore.
Ce récit d'anticipation reprend notamment l'un des thèmes fort de l'auteur, la désagrégation de la société et l'invasion inéluctable de cette société de consommation qui aseptise et le moindre plaisir de la vie en produit.
Un voyage, teinté d'humour, encore prenant dans le monde de Chainas avec un Poulpe rebelle entre science-fiction et un demain très présent.