Un quadragénaire en attente d'une transplantation du coeur ; un ex-détenu devenu un fervent croyant ; une trentenaire, ex-camée, heureuse mère au foyer... En apparence, trois destins qui n'ont rien en commun, trois personnes qui ne devraient jamais se rencontrer ; et pourtant, un drame va sceller leurs vies...
Après "Amours chiennes", Inaritu continue sur sa lancée, rendant son cinéma de plus en plus complexe, subtil et intense. Il choisit un montage d'une rare complexité, faisant de son film un puzzle où le début se retrouve au milieu, la fin au début, le milieu à la fin. On est très vite perdu et pourtant on reste coûte que coûte attaché à son siège, passionné, perturbé... Le sens se construit peu à peu et avec une violence telle qu'on reste scotché. Quand il aurait pu faire un film conventionnel où les héros se rencontrent, se confrontent et changent, il décide d'amener le spectateur sur un autre terrain...un terrain intuitif, presque épidermique. Et pourtant, monté dans le bon ordre, le film peut sembler somme toute assez banal... Mais Inaritu n'hésite pas à passer de l'action la plus intense au calme le plus plat, d'une scène conventionnelle à une séquence imprévisible, de la souffrance à la joie et de la joie au désespoir ; et cela en quelques minutes ; ne ménageant ni le spectateur, ni ses personnages, ni même son propre film. Il ne nous dit pas qu'une seconde suffit pour faire basculer une vie, il nous le démontre, image après image. Jouant avec force des conventions du drame et du film d'action.
On se reconnaît dans ces destins qui nous sont pourtant tellement étrangers. On se retrouve dans cet engrenage complexe et infernal. Et même si la beauté de Naomi Watts est irradiante, ici on veut bien croire que c'est une femme ordinaire. Les trois acteurs (Naomi Watts, Benicio Del toro et Sean Penn) sont merveilleusement dirigés et offrent des prestations exemplaires.
On ne peut même pas dire que c'est une curiosité, c'est simplement l'oeuvre d'un artiste. Une réflexion et une recherche accompagnent ce travail. Et si on n'en a plus l'habitude (car ce n'est plus l'époque du génie), on ne peut, justement, qu'admirer le courage et la conviction qui fondent l'oeuvre de ce réalisateur. Il nous faut du temps, certes, pour accepter ces nouveaux codes mais petit à petit on se rend compte qu'on assiste non plus à un film plan-plan où le spectateur est passif, mais, au contraire, à une expérience qui nous force à penser.
Tout simplement renversant. Très justement bouleversant.