Les "Préludes" demeurent sans doute l'oeuvre la plus fascinante de Chopin, un véritable concentré de son génie musical, qui, par là, atteint l'universel et l'intemporel.
Ces pièces courtes, voire très brèves (parfois moins d'une minute), vous plongent dans un univers aux multiples dimensions sonores et émotionnelles, par un minimalisme formel d'une densité expressive impressionnante. Que ce soient ces bourrasques apocalyptiques qui emportent tout sur leur passage, ou ces moments de paix inespérés, comme une mer immobile et lumineuse sous un ciel de plomb, il est impossible de rester de marbre à l'écoute de cette musique qui vous emporte au-delà de toute banale réalité.
Ces "Préludes" paradoxaux, se suffisant à eux-mêmes, n'introduisent à rien d'autre qu'à l'infini de leurs vertiges, sur l'invisible corde raide du piano...
Martha Argerich explore comme personne tous ces mondes depuis leurs moindres recoins jusqu'à leurs horizons les plus abyssaux. La pianiste évite tout pathos en allant droit au coeur de la substance musicale, qu'elle sculpte avec une force incisive et incendiaire. Par sa virtuosité échevelée qui n'a d'égale que la délicatesse de son toucher et sa poésie sonore, elle sait réfréner sa fougue juste au bon moment, toujours sur le fil du rasoir, en une tension jamais relâchée, jusqu'aux derniers accords du 24ème prélude, qui font s'ouvrir le sol sous vos pieds...
Plus qu'un disque, une porte ouverte que l'on ne veut plus refermer...