La première saison de 24 avait été conçue avant le 11 septembre. Sans ces tragiques événements, la série aurait pu se limiter à n'être qu'une série bien ficelé, haletante, au concept original -bref un divertissement d'excellente facture, ce qui est déjà plus qu'honorable. Mais 24 a été rejoint par l'Histoire, et la deuxième saison se nourrit de ce contexte politico- historique qui a permis aux scénaristes d'avoir un regard critique, militant et engagé sur l'après-11 septembre : c'est ce qui donne une force et une profondeur à cette 2ème saison magistrale, et qui la rend selon moi supérieure à la 1ère. Cette saison met en scène une attaque terroriste nucléaire sur le territoire des Etats-Unis, et la façon dont le gouvernement gère cette menace. Quand on sait que le Président dans la série est noir ( si un jour un noir parvient à la Présidence des USA, ce sera entre autres grâce aux fictions qui auront permis aux américains de commencer à l'imaginer ) et démocrate, sa gestion de la crise est radicalement opposée à ce que fut celle de Bush dans un contexte similaire. le personnage de Palmer est d'ailleurs aussi important que Bauer, si ce n'est plus. Cette saison raconte aussi la tentation qu' ont certains responsables lorsque leur pays est en crise d'oublier quelques principes démocratiques fondamentaux. Vue sous ces angles, la série est évidemment une critique virulente de l'administration Bush. La série pose des questions graves : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour défendre une cause ? Que sommes-nous capables de sacrifier ? Nos principes ? Notre famille ? La vie d'un proche ? La nôtre ? Ou celle de milliers de gens ? Cela en vaut-il la peine ? Et ces questions fondamentales, la série la pose avec la même acuité à tous ses personnages : à Jack Bauer comme au Président Palmer, aux agents américains comme aux terroristes. La série, derrière son suspens haletant (encore mieux que la première), s'interroge en permanence sur le conflit entre morale et politique. Encore faut-il être capable de le voir : certains journalistes français - dans une de ces postures intellectuelles méprisantes de bon ton dès qu'il s'agit de parler de fictions populaires - ont attaqué la série comme étant ambigue, une apologie de l'actuelle politique américaine, de la torture et de" la fin justifie les moyens". C'est prendre les gens pour des imbéciles, car il est évident que les scénaristes -eux- ne sous-estiment pas le telespectateur et font appel à son regard critique. De fait les scènes de tortures sont au coeur de la thématique de cette saison, et il est évident qu'elles sont révoltantes et choquantes et qu'on ne peut y adherer... C'est pas pour rien que TF1, toujours aussi respectueuse de l'intégrité des oeuvres qu'elle diffuse, en a censuré une partie lors de la diffusion !!! Une raison de plus pour investir dans ce coffret...