Ah, quel bonheur que cette quatrième saison de "24 heures chrono"! Quel formidable moment d'évasion! Quelle somptueuse cascade de cliffhangers haletants et de péripéties plus palpitantes les unes que les autres! Comment ne pas saluer une fois encore l'extraordinaire ingéniosité des scénaristes qui arrivent à nous tenir en haleine pendant 24 épisodes, alignant avec un art consommé les scènes à suspense tout en explorant avec une remarquable finesse la psychologie de tous leurs personnages!
"Mais, me direz-vous, tout ça est idéologiquement douteux! Au principe que la fin justifie les moyens, Jack Bauer ne cautionne-t-il pas tout bonnement l'usage de la torture?" Eh bien, c'est en effet toute l'ambiguité morale de cette série! Pour lutter contre d'abominables terroristes, Jack n'hésite pas en effet à recourir à des méthodes plus que musclées. Est-il un héros? Bien sûr! Mais un héros sombre, un héros complexe, un preux chevalier qui met sa conscience en veilleuse et se salit les mains pour sauver la veuve et l'orphelin... A des menaces extrêmes, il oppose des remèdes extrêmes, non par manque d'éthique, non par goût de la violence, mais parce que ces remèdes sont les seuls qui aient une petite chance d'arrêter ses adversaires avant qu'ils ne mettent à exécution leurs funestes projets! Et quand ces projets incluent, comme c'est le cas ici, la fission simultanée d'une centaine de centrales nucléaires, franchement, on hésite un peu à lui donner tort...
Cela dit, l'intérêt de cette saison ne se limite pas, si légitimes soient-elles, aux questions morales qu'elle soulève. C'est aussi, comme d'habitude, un formidable patchwork d'histoires qui ne cessent de s'entrecroiser: les amours compliquées d'Audrey, les tracas d'Erin, les malheurs d'Alfred, les petites crises de Chloé, et surtout -surtout!- la bouleversante love story entre Tony et Michelle, respectivement interprétés avec une intensité incroyable par Carlos Bernard et Reiko Aylesworth. Ces deux-là, ce que j'aime dans leurs scènes, dans leurs dialogues, c'est que le plus important n'y est jamais dit, seulement suggéré. Il y a une scène superbe, par exemple, à la fin de l'épisode 13, où Tony et Michelle se font face. A leurs regards qui se cherchent et s'évitent à la fois, à leur émotion tue et pourtant si palpable, à mille petits frémissements, on devine tout ce qu'ils crèvent d'envie de se dire... et qu'ils retiennent pourtant sur le bout de leurs lèvres... Eh bien, c'est tout bonnement déchirant! Moi, quand le petit écran m'offre des moments de cette qualité, je lui dis bravo...
Coup de chapeau également au formidable Greg Itzin qui inaugure ici son rôle de Président Logan, rôle qu'il maîtrise déjà à la perfection et qu'il reprendra dans la saison 5 avec un talent absolument ébouriffant...