Lorsque j'ai entendu parler de ce livre pour la première fois, j'ai tout d'abord cru qu'il s'agissait du « bouquin de plus » sur les services secrets français, histoire de repasser une énième couche de Rainbow Warrior pour que l'auteur puisse se faire un modeste en-cas en complément de sa petite retraite. Pour plus de 20 euros les 300 pages, ça parait un peu cher, c'est vrai. Aussi, on sait bien, habituellement, que si c'est publié chez un éditeur digne de ce nom, et qu'on en parle un peu dans les médias, mieux vaut ne pas espérer des révélations fracassantes, hein, mais plutôt une ou deux pages de nouveautés perdues au milieu des quelques centaines rapportant des platitudes déjà lues dans la presse.
Et puis j'ai vu les développements, et rebondissements, ayant suivis l'arrivée de l'auteur sur la scène médiatique, et puis cette histoire disant qu'il a réchappé à trois crises cardiaques (tout de même !), et puis cette petite phrase reprise ici et là, faisant une comparaison des services français avec la Corée du Nord, et puis enfin la pluie d'avis négatifs et hargneux sur Amazon... Et alors là je me suis dit que ça valait peut être le coup de voir ça de plus près.
Après lecture, et selon mon opinion, « 25 Ans dans les Services Secrets » vaut bien son prix affiché, précisément pour la description de l'ambiance, des mentalités et des procédures administratives, racontées pour la première fois dans ce genre de littérature par quelqu'un qui était derrière le mur (à ceux que ça n'intéresse pas ou que ça endort, il y a toujours Ian Flemming et Robert Ludlum). C'est bien là qu'il faut chercher l'innovation dans « 25 Ans dans les Services Secrets », si je puis dire, et il se trouve qu'elle est consistante, au vu des peurs qu'elle provoque. Pour ce qui concerne l'usage pour intérêts personnels qui est fait des services français par quelques privilégiés, ainsi qu'il est dénoncé dans ce livre, là, ne jouons tout de même pas les vierges effarouchées. La démarche de l'auteur n'est guère que la formalisation de faits (couleur politique comprise) que des tas de gens savent depuis pas mal de temps déjà.
L'auteur nous a donc offert une belle version à la française de cette familiarité fatiguée des gens vivant dans un univers des plus austère qui n'attend la confiance de personne, typique de John le Carré qui avait choisi quand à lui choisi de la décrire sous la forme de romans.
Au regard des suites judiciaires que connait à cette heure l'auteur de « 25 ans dans les services secrets », je pense qu'il est dommage pour lui qu'il ne se soit pas senti la fibre assez littéraire pour s'abriter derrière l'excuse de la fiction, ainsi que vient astucieusement et brillamment de le faire l'auteur de « Grandoria », et l'avait fait en son temps celui de « Le Retournement ». En France, ça permet de voir à plus long terme...
A ceux qui s'indignent des révélations de Pierre Syrami, je dirai qu'à force de taper sur le « chien » à coup de bâton et de le nourrir à la salade bio, il faut bien s'attendre à ce qu'il morde un jour. C'est une simple histoire de bon sens, que ceux qui, trop sûrs de leur toute puissance et de leurs privilèges hérités, ne parviennent pas plus à comprendre que la meute d'idéologues fanatiques et de tacherons sans humour qui les adulent aveuglément.
Moi j'ai bien aimé et je ne regrette pas mon argent, et j'adresse en prime mes félicitations à l'auteur pour son courage, puisque l'actualité nous montre bien, maintenant, qu'il en a.