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Longtemps qualifié de "Sgt Pepper's" du rap, ce disque a, en tout cas, inauguré son courant le plus cool : le Daisy Age. Loin des thèmes habituels vindicatifs ou macho du rap, ce trio de Long Island a créé la surprise en 1989 en abordant des sujets comme la défloraison d'une jeune fille ou en tournant en dérision l'égocentrisme des rappers. Mais il y a plus novateur encore, les De La Soul piochent leurs samples là où aucun groupe de rap ne s'était encore aventuré. Qui, avant eux, aurait eu le culot de sampler le crooner à paillettes Liberace, Steely Dan ou Johnny Cash ? Ils sont d'ailleurs parmi les premiers à être poursuivis pour sampling non déclaré et perdent un fameux procès contre le groupe de folk-rock, les Turtles. Sous la direction du génial producteur Prince Paul, roi du collage surréaliste et azimuté, ils ne se contentent pas de détourner des musiques, ils construisent aussi des morceaux autour d'enregistrements de jeux télévisés ou d'une hilarante leçon de français. Sous sa pochette flower power fluo, cet album n'a pas fini de dévoiler ses richesses. Il suffit de voir à quel point il a influencé des gens comme A Tribe Called Quest, P.M. Dawn ou MC Solaar.
--Hubert Deshouse
Critique
Vingt ans plus tard, ce disque, ou plutôt cette borne dans l’histoire de la musique du XXème siècle, n’a pas pris une ride.
Le trio d’Amityville invente ici un nombre phénoménal de choses : les skits, ou interludes, qui s’intercalent entre les chansons, et qui deviendront incontournables dans les années à venir, sans jamais égaler cette bonne humeur (la méthode Assimil de français, avec « les saucisses » et l’éternel « il est midi, c’est l’heure de déjeuner » !). Mais De La Soul s’affranchit aussi des beats empruntés à James Brown et au funk, pour puiser dans le jazz, la variété, la pop et tout le répertoire de quoi constituer ces saynètes joyeuses et finement ouvragées.
« Magic Number »,
« Eye Know », « Say No Go », et surtout
« Me Myself And I » sont des hits d’une efficacité jamais prise en défaut.
Cet album sous couverture fluo et fleurie est d’une fluidité exemplaire, chaque seconde est inventive et fait dresser l’oreille. L’esprit de famille se croise sur
« Buddy » avec Jungle Brothers et Q-Tip d’A Tribe Called Quest, le noyau dur de la Native Tongue. Chef d’œuvre consensuel du rap,
3 Feet High and Rising est tout simplement un disque de bonheur et d’intelligence.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story