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Attention, événement ! Cinq ans après Le Sommeil du monstre, paru en 1998, Enki Bilal est de retour. Nom de lalbum : 32 décembre. Évidemment, cest une uvre ambitieuse et complexe, traversée de fulgurances, de réminiscences personnelles et de considérations politico-historiques. Du pur Bilal, en somme. On ne résumera pas cet album – lobjet est trop compliqué à raconter. Voire, par moments, plutôt compliqué à lire et à décrypter... Mais cest aussi cela qui fait tout le charme de lauteur : cette volonté de brasser les thématiques et les angoisses de son époque, quitte à plonger son lecteur dans des abîmes de complexité. Précisons simplement (même si avec Bilal, le mot "simplement" peut paraître incongru) que lon retrouve ici les trois personnages rencontrés dans Le Sommeil du monstre : Nike, Amir et Leyla. Ces "trois orphelins de Sarajevo aux quatre coins du monde", comme lindique la quatrième de couverture, nous racontent lhistoire de 32 décembre. Bilal fait intervenir ses trois personnages à tour de rôle : la simple mention de leur nom, en marge de la page, permet didentifier le narrateur. Avec Bilal, cest toute la gamme des interrogations daujourdhui qui se concentrent en un seul récit – le clonage, la manipulation mentale, le pouvoir, la religion
et la guerre, bien sûr –, noublions pas que cest le conflit en ex-Yougoslavie qui lui donna lidée décrire Le Sommeil du monstre. Une guerre toujours présente en toile de fond dans 32 décembre, à travers notamment le personnage de Nike et son passé qui, décidément, nen finit pas de se rappeler à lui.
Bilal nous parle dart, aussi. Lart et sa capacité – ou sa prétention ? à sapproprier le monde et à le recréer. Dans 32 décembre, les invitations à un vernissage prennent la forme de micro-bombes qui viennent sécraser aux pieds des invités, déclenchant ainsi un mini-nuage atomique, mais pas de panique : "cest du nucléaire light", précise lun des acteurs du livre. Avant dajouter : "moi, lidée du néonucléaire soft au service de lart, je trouve ça gonflé. Cette invitation est en soi un pur acte de création". Où commence lart, après tout ? Où sarrête-t-il ? En exergue de lalbum, Bilal cite un dialogue entre un Allemand et Picasso. Ils se trouvent tous les deux devant le tableau représentant Guernica. "Cest vous qui avez fait ça ?", demande lAllemand. Et Picasso de répondre : "non, cest vous". Une manière de dire, peut-être, que cet album de Bilal ne fait que refléter les soubresauts de son époque – et aussi danticiper ceux à venir. Lui ne serait rien dautre que le scribe scrupuleux et visionnaire de son temps En tout cas, les amateurs de son trait retrouveront avec plaisir ses ambiances habituelles. Avec ces traînées de peinture qui caressent chacune des cases et installent ce climat brumeux et fantomatique, si caractéristique de lesthétique "Bilalienne". Ils noteront aussi un changement dans la palette de couleurs quil utilise : à côté des traditionnels tons bleus, gris et rouges, ils verront du vert. Un vert plutôt tendre, dailleurs. Plein de fraîcheur, en un contraste réjouissant avec le monde plutôt cauchemardesque décrit dans lalbum. Signe doptimisme de la part de lauteur ? Peut-être. Peut-être, après tout, que tout espoir nest pas perdu. Pour le savoir, il faudra attendre le troisième album de la trilogie --Gilbert Jacques
Bilal nous parle dart, aussi. Lart et sa capacité – ou sa prétention ? à sapproprier le monde et à le recréer. Dans 32 décembre, les invitations à un vernissage prennent la forme de micro-bombes qui viennent sécraser aux pieds des invités, déclenchant ainsi un mini-nuage atomique, mais pas de panique : "cest du nucléaire light", précise lun des acteurs du livre. Avant dajouter : "moi, lidée du néonucléaire soft au service de lart, je trouve ça gonflé. Cette invitation est en soi un pur acte de création". Où commence lart, après tout ? Où sarrête-t-il ? En exergue de lalbum, Bilal cite un dialogue entre un Allemand et Picasso. Ils se trouvent tous les deux devant le tableau représentant Guernica. "Cest vous qui avez fait ça ?", demande lAllemand. Et Picasso de répondre : "non, cest vous". Une manière de dire, peut-être, que cet album de Bilal ne fait que refléter les soubresauts de son époque – et aussi danticiper ceux à venir. Lui ne serait rien dautre que le scribe scrupuleux et visionnaire de son temps En tout cas, les amateurs de son trait retrouveront avec plaisir ses ambiances habituelles. Avec ces traînées de peinture qui caressent chacune des cases et installent ce climat brumeux et fantomatique, si caractéristique de lesthétique "Bilalienne". Ils noteront aussi un changement dans la palette de couleurs quil utilise : à côté des traditionnels tons bleus, gris et rouges, ils verront du vert. Un vert plutôt tendre, dailleurs. Plein de fraîcheur, en un contraste réjouissant avec le monde plutôt cauchemardesque décrit dans lalbum. Signe doptimisme de la part de lauteur ? Peut-être. Peut-être, après tout, que tout espoir nest pas perdu. Pour le savoir, il faudra attendre le troisième album de la trilogie --Gilbert Jacques
Présentation de l'éditeur
Nike : " Qu'une mini-bombe atomique explose alors à mes pieds, qu'un éclat de terrasse pulvérise mon nez (troisième fois en un an), tout, en ce fragment de temps à la violence extrême, aurait dû me mettre la puce à l'oreille (elle-même soufflée par la déflagration). Tout aurait mieux valu que l'invitation. Car c'est ici que tout recommence. " Amir : " Je serrai très fort son corps et cette nouvelle peau anthracite tout droit sortie de mes cauchemars. Très fort et très longtemps. " Leyla : " Nike resta autant de temps que les neuf autres dans la grotte. Comme les neuf autres, dès son retour, il demanda à l'huissier une feuille de papier et un crayon, et comme les neuf autres il se tut pendant de longues heures. Enfin, comme pour les neuf autres, sa première phrase fut une triple question, identique au mot près : " Le carbone 14 bis dit quoi sur les os et l'obus ? Les recoupements avec les éléments de l'inventeur disent quoi sur la grotte ensevelie ? Le 32 décembre c'est quand ? ".



