Polly est seule. Dans une chambre d'hôtel, avec son quatre-piste. Son aussi dépouillée que la photo. "Rid of Me", comme une grande fille, un nouveau re-départ. Quelques titres y perdent un peu la force brute du son Albini, inévitable, même si la voix est plus en avant. Pas de relecture à proprement parler, juste des interprétations au plus près de l'os, sans section rythmique, avec parfois la voix doublée, le violon rouillé et des guitares saturées qui s'empilent, parfois une acoustique rythmique. Un document, les compositions de Harvey n'y perdent pas leur chien, leur mordant. Délire lunaire de "Yuri-G" accompagné du fidèle maître-onome, atteint les même sommets qu'avec Albini, à peine ralenti, toujours aussi prenant. Quelques morceaux laissés de côté resurgissent ? "M-Bike", où Polly hurle de jalousie devant la moto qui a droit aux attentions de son amant; un menaçant et lancinant "Easy"; "Goodnight", très blues marécageux de l'enfer, lent et visqueux; et le formidable "Reeling", envoyé avec une morgue toute punk, ses claviers stridents qui dronent et vrillent les tympans et son refrain où Polly scande d'une voix grave "Take me into the moon". Rien que pour ceux-là, ces travaux sur quatre pistes sont indispensables.