Pour vous changer notre idiot du village (mondial),
Alain Minc, voici un beau livre très instructif.
En 428, il ne se passe quasiment rien, si ce n'est la destitution du roi d'Arménie, qui ne bouleversa pas l'ordre mondial. On peut ainsi tenter de mieux cerner les processus mortifères déjà à l'½uvre sous l'apparence calme et efficace de cette première mondialisation.
L'auteur met en évidence les tensions qui existent déjà au sein même de l'Empire entre les élites et le peuple, entre les Barbares et les Romains, entre les chrétiens et les païens.
Tiens, ça rappelle quelque chose...
L'unité de façade tient à quelques personnalités très fortes, comme la grande Galla Placidia, que les habitants de Ravenne chérissent encore aujourd'hui. Mais la grande impératrice n'est pas assez forte pour combattre le mal endémique qui commence à ravager les campagnes : le brigandage et les révoltes fiscales, liées aux crises économiques. Les dernières lettres de saint Augustin en témoignent : la criminalité organisée devient l'un des premiers problèmes de l'Empire. Elle sape, avec ses trafics d'enfants et de femmes, l'équilibre moral de la société. Il faut ajouter les tensions religieuses entre orthodoxes et hérétiques. On parle toujours d'un Empire mais déjà « des » Églises. Les structures officielles continuent à exister, mais elles tournent à vide.
Tiens, ça rappelle quelque chose...
L'Empire est trop grand. Le rêve de mondialisation heureuse vire au cauchemar.
Comme si elles appréhendaient déjà le pire, les autorités se réfugient dans des marais, à Ravenne, préfiguration déjà de Venise, alors même que les Barbares ne menacent pas l'Italie.
Pour se protéger, les Romains ont de plus en plus recours à des milices privées' Inutile de continuer. Face à ces processus de décomposition liés au gigantisme, il ne restera plus aux Barbares qu'à pousser les frontières de l'Empire pour que, bientôt, tout s'effondre comme un château de cartes. Un essai passionnant et, au fond, très utile pour aujourd'hui.
Comme aujourd'hui? Mais non! Car notre "grande Europe" celle qui tous le jours nous "apporte la paix et la prospérité" nous protège... Rassurez-vous, l'histoire ne se répétera pas. Promis.
C'est Minc, Attali, et autres Sorman qui vous le disent. Alors dormez tranquilles: il vaut mieux être enseveli dans son sommeil quand tout s'effondre que d'être lucide et éveillé.
C'est moins pénible.