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Précipitez-vous sur le Cube !, 17 décembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : 50e Anniversaire Orchestre Philharmonique De Liège (CD)
L'Orchestre Philharmonique de Liège Wallonie-Bruxelles (OPL pour les intimes) est sans aucun doute le meilleur orchestre de Belgique actuel, soutenant la comparaison avec les meilleures orchestres de la francophonie. En cette fin 2010 il fête ses 50 ans d'existence, et vient pour l'occasion de recevoir du Roi Albert II le titre honorifique de Société Royale (dites donc maintenant OPRL ;), pour son apport culturel et le rayonnement international qu'il donne à la Communauté française de Belgique.
Fondé en 1960 par Fernand Quinet, la seule formation symphonique de Belgique francophone s'est en effet bâtie une solide réputation au fil de ses chefs, de Paul Strauss à Pascal Rophé, en passant par Pierre Bartholomée et Louis Langrée, qui on fait les belles heures musicales de la Cité Ardente. L'OPL couvre tous les répertoires du baroque à la musique contemporaine, mais se fait fort de jouer les promoteurs essentiels des artistes belges (citons Yossif Ivanov, Plamena Mangova, Jean-Luc Votano, ou encore Philippe Herreweghe), mais pas seulement. Situé aux confluents des influences germaniques et latines, l'OPL a bien sûr montré son adéquation avec la musique de ces origines, mais a surtout acquis dans le monde musical un rôle prépondérant dans la défense de la musique belge et française, avec une prédilection particulière pour la musique contemporaine ou les oeuvres peu courues.
Comme une apothéose à son demi-siècle d'existence, l'OPL publie donc avec Cyprès un imposant coffret de 50 CD, à prix d'ami, reprenant l'essentiel de la discographique de la formation liégeoise (on l'appelle d'ailleurs le Cube 50-50-50 : 50 ans, 50 cds, 50 euros !). Et c'est un vrai bonheur : un florilège d'enregistrements rares, de références introuvables, d'oeuvres uniques et d'enregistrements indisponibles.
De l'ère Quinet, ne subsistent que deux enregistrements d'oeuvres de Jongen. C'est Paul Strauss qui marquera le début de l'ère discographique de l'Orchestre de Liège, laissant pour EMI quelques
enregistrements remarquables : on retrouvera ici les deux Rhapsodies d'Enesco, le Harry Janos de Kodaly, les 21 danses hongroises de Brahms, quelques danses et ouvertures de Grétry, ainsi qu'un disque de Marches célèbres; mais ce sont surtout les poèmes symphoniques de César Franck qui vont marquer la discographie (Les Eolides, le Chasseur Maudit, les Djinns, Psyché, et des Variations Symphoniques d'anthologie avec Aldo Ciccolini). De cette époque on retrouvera aussi des oeuvres très peu jouées, telles ces Etudes Symphoniques de Lekeu, l'Ulenspiegel de Geus de William Kersters (dirigé par Edgard Doneux), ou encore cette superbe Grande Messe des Morts de François-Joseph Gossec (dirigée par Jacques Houtmann).
L'OPL asseoit sa réputation internationale avec Pierre Bartholomée (entre 1977 et 1999), dont la discographie est parsemée d'absolues raretés. Ainsi ce 1er Concerto d'Arthur de Greef (couplé au Concerto de Grieg, avec le pianiste Jean-Claude Vanden Eynden), en passant par un rarissime Choros XII de Villa-Lobos, et une Symphonie de César Franck qui s'inscrira d'emblée comme une référence. Citons aussi la Symphonie Alpestre de Richard Strauss (jamais diffusée commercialement), une 10ème Symphonie de Schubert (bâtie sur la partition de Brian Newbould "corrigée" par Bartholomée), le Quatuor op.25 de Brahms dans l'orchestration de Schoenberg, la 7ème Symphonie de Dvorak (ainsi que le poème symphonique La Colombe op.110), ou encore un disque aussi remarquable qu'introuvable reprenant quatre poèmes symphoniques signés Albérich Magnard (Hymne à la Justice), Busoni (Nocturne Symphonique), Sylvain Dupuis (Macbeth), et Sibelius (Tapiola).
La complicité du violoniste français Régis Pasquier donnera un très beau Concerto de Sibelius couplé au cycle des quatre Légendes op.22, mais aussi de magnifiques Mozart (intégrale des Concertos pour violon, Symphonie Concertante); tandis qu'une autre gloire de l'archet français, Gérard Poulet, nous offrira les 6ème et 7ème Concertos de Vieuxtemps (ainsi qu'un très rare Greeting to America). Parmi le répertoire inhabituel, citons aussi un disque Van Rossum (Epitaphe, Concertos 1 et 2) avec Peter Zazofsky, ou encore des oeuvres symphoniques de Jacques Leduc (Ouverture d'été, Le Printemps, Symphonie op.29). Mais aussi d'autres oeuvres belges contemporaines (dont quelques créations) de Philippe Boesmans (Concerto pour violon, Concerto pour piano, Les Conversions), Henri Pousseur (Couleurs Croisées, Dichterliebesreigentraum d'après Schumann), Jean-Louis Robert (Aquatilis), Adolphe Biarent (Trenmor, Symphonie, Poème héroïque, Contes d'orient, etc.), Bartholomée lui-même (Humoresque, ou encore Fredons et Tarabusts, une commande spéciale pour ses 20 ans à la tête de l'OPL). La musique française rare n'est pas oubliée, avec la Symphonie et le Poème pour piano de Louis Vierne (autre disciple de Franck), et une admirable série Tournemire avec ses Symphonies n°3, 5, 6, 7 et 8. Enfin, il faut certainement mettre en exergue une intégrale sans aucune concurrence des oeuvres orchestrales (ainsi que la cantate Andromède) du trop peu connu Guillaume Lekeu, génie liégeois élève de Franck et d'Indy, fauché par le typhus à 24 ans à peine, et qui a laissé à la postérité des oeuvres exceptionnelles.
Après Bartholomée viendra Louis Langrée, mais en attendant notons l'enregistrement d'oeuvres d'André Souris (sous la baguette de Patrick Bâton), et la légende de Freihir d'Emile Mathieu (dirigé par Jean-Pierre Haeck). Soulignons aussi un disque des oeuvres du jeune Thierry Escaich, qui fera forte impression, rafflant les plus belles distinctions du monde classique français, grâce cette fois à la baguette de Pascal Rophé (dès la 1ère Symphonie), et du soutien de solistes exceptionnels que sont Claire-Marie Le Guay (Fantaisie Concertante) et Olivier Latry (Concerto pour orgue, partie soliste captée aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris).
Louis Langrée, quant à lui, frappe fort d'emblée avec un très remarqué Concerto pour violoncelle de Schumann (avec Anne Gastinel), et poursuit la belle collaboration avec Claire-Marie Le Guay dans les 2 Concertos pour piano de Liszt, ainsi que les Concertos de Ravel et le 2ème Concerto de Schulhoff. Il signera ensuite la nouvelle référence moderne de la Symphonie de César Franck (dans un couplage idéal avec la rare Symphonie de Chausson). Nouvelle référence moderne également pour les Concertos de Poulenc (Aubade, Concerto pour 2 pianos, Concerto pour piano) avec Eric Le Sage et Franck Braley (dirigés par Stéphane Denève); tandis que le clarinettiste Paul Meyer sera la cheville ouvrière d'un disque Milhaud, avec la complicité d'Eric Le Sage et Fabrice Moretti.
C'est ensuite Pascal Rophé qui reprendra les rennes de l'OPL, en proposant un programme autour du brillant clarinettiste de l'orchestre, Jean-Luc Votano (le Concerto de Mozart, le 1er Concerto de Weber, les virtuoses Introduction et Variations de Rossini). Les grandes orgues rénovés permettent au plus prestigueux organiste français, Olivier Latry, de graver la Symphonie n°3 de Saint-Saens, couplée avec la Symphonie Concertante de Jongen, dans des interprétations unanimement saluées.
Impossible de tout citer in extenso, mais notons encore un disque dédicacé à Edouard Lalo (Symphonie, Concerto pour violoncelle avec le jeune David Cohen à l'archet, Ouverture du Roi d'Ys); un disque des oeuvres pour cor et orchestre de Mozart (avec Nico De Marchi); un disque des oeuvres de Sylvain Dupuis (Pour un drame, Macbeth, Concerto, Légende, Poème pour violoncelle, Suite en ré majeur, Prélude et danse pour violon); le concerto pour violoncelle "Tout un monde lontain" de Dutilleux, l'oubliée Epiphanie d'André Caplet; mais aussi plusieurs oeuvres du liégeois Joseph Jongen (Concerto pour harpe et orchestre, Troisième Suite pour orchestre, Symphonie Concertante avec orgue, Cantate Comala), ou encore ce fameux Solo pour orchestre n°7 "Uncut" que Pascal Dusapin écrira spécialement pour l'OPL.
Enfin, comme un clin d'oeil à la volonté permanente de l'institution liégeoise de se montrer proche de son public, on retrouvera pour clore ce coffret quelques Léo Ferré s'improvisant chef d'orchestre à l'occasion d'une captation de 1975, deux arrangements Rap d'Eric Gerstmans, et une chanson de Miam Monster Miam...
Un répertoire très impressionnant, une qualité générale exceptionnelle. Un coffret rare, en édition très limitée, que chériront les amoureux de la musique de l'école française.
Alors précipitez-vous vite, avant que cette somme inhabituelle ne devienne indisponible et qu'elle ne s'arrache à prix d'or...
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