Voici le texte que Georges Perec laissa inachevé à sa mort, un roman dont il avait déjà rédigé onze des vingt-huit chapitres prévus.
"53 jours" fait référence au nombre de jours qu'il aura fallu à Stendhal pour écrire "La Chartreuse de Parme". Utilisant la fameuse phrase qu'on lui prête: "Un roman est un miroir que l'on promène le long d'un chemin". Mais de tout ceci, il n'en est aucune mention dans les onze chapitres rédigés. Tout commence comme un bon thriller, un roman policier. Le personnage que l'on suit au début est lié à une affaire de disparition. Un certain Serval qui était, apparemment, un ancien camarade de classe: seulement là, aucun souvenir. On lui remet le manuscrit de son dernier roman, où il aurait crypté des indices sur la menace qui pesait sur lui.
Ainsi commence un jeu de décryptage, d'enquête, qui malheureusement ne peut que nous donner l'eau à la bouche, de par son inachèvement. Mais grâce au travail d'Harry Matthews et de Jacques Roubaud (deux de ses amis oulipiens), qui nous mettent en présence des notes de Perec, le lecteur est en mesure d'imaginer ce qu'aurait pu être ce roman. Les deux Oulipiens nous proposent, d'abord, un prélèvement de notes, chapitre par chapitre, pour nous donner rapidement le dénouement du livre; puis, c'est un véritable dossier qui nous promène dans les cahiers préparatoires de Perec.
"53 jours" est un livre qui ne peut que nous laisser rêveurs et nous faire regretter la disparition prématurée de son auteur, qui avait encore tant de choses à écrire, variant sans cesse ses projets, lui qui ne voulait toujours avancer dans l'écriture et ne jamais réécrire ce qu'il avait déjà écrit; ne jamais repasser par les chemins qu'il avait déjà tracés.