54 Nude Honeys, c'est plus qu'un jeu de cartes avec des photos de pin-up dénudées dans les années 50. 54 Nude Honeys, c'est Vivi (basse), Kotome (guitare) et Yuri (chant) qui auraient voulu être nées à une autre époque, sur d'autres continents, un peu plus à New York qu'à Soho. Trois japonaises qui ne s'habillent que dans les sex-shop, pour y trouver des bodys en vinyl, des bottes en cuir, des culottes en latex, des bas résilles, et qui jouent (avec un batteur en renfort) du punk garage bien abrasif, sans concession, qui envoient du bois, souvent en à peine plus de deux minutes. Réunis ici essentiellement deux albums, le premier vers la fin des années 90, qui sent bon le punk du CBGB's, quelques accords familiers, la voix aigrelette de Yuri qui crache ses textes dans un anglais approximatif avec un sale accent nippon, parfois simplement quelques yayaya moqueurs, "Bikini". Avec quelques brûlots remarquablement composés "Hot Generation", pas mal de surf envoyé à toute berzingue "Drift Guitar" ou "Surf Cat" et les hurlement de possédée de Yuri. Faut pas croire, mais ces nanas savent jouer, quand elle se posent un peu et délayent "Get on the Bus" sur près de six minutes de pop noisy avec une basse très mélodique, où Kotome peut enfin se laisser aller à plus de trois accords, résultat formidable. Deux albums plus tard, le groupe installé à New York, avec un son plus dur, plus métallique, plus rêche et garage, et des morceaux qui sentent moins franchement les références aux ainés, pour des structures plus élaborées, mais toujours aussi intense. Le chant de Yuri est plus grave, plus agressif, plus sauvage encore; "No Way", uppercut direct dans le mou, façon Pixies; "Hard Drunker", hardcore et belliqueux, succession de bombes aux refrains terribles pour pogoter dans la fosse "Fat Liver". "You go to Hell", l'explosion de violence qui s'arrête un instant le temps d'un refrain en forme d'imprécation au ralenti, avec d'exploser à nouveau. "Don't shup me up", bon vieux salut au punk anglais, même si Vivi est quand même beaucoup plus sexy que Sid Vicious. Deux morceaux géniaux en fermeture pour confirmer qu'au delà du visuel, les trois nanas font du bon son avant tout, "Lost in Forest", sorte de surf punkoïde avec une basse ronflante énorme, et un final qui envoie toute la sauce, et "Boring Man", beaucoup plus lent, avec une guitare presque mélancolique.
Et parce que les trois diablesses sont avant tout un groupe de scène, et qu'il serait dommage de se priver de leur plastique (dans tous les sens du terme), sur DVD, galerie de photos et extraits de concerts, notamment 30 minutes au mythique CBGB's, où Yuri assure comme une bête, fait le show comme à la grande époque, chante au milieu de la foule de chanceux, grimpe à quatre pattes sur les amplis, hurle, feule, couine, tandis que derrière elle la section rythmique balance sans flancher un train d'enfer et que la belle Kotome se révèle aussi bonne à manier le manche qu'on pouvait l'espérer. Le CGBG's ferme ses portes en 2006, les 54 Nude Honeys se retirent un an plus tard, après 14 ans de bons et loyaux service au nom du rock'n roll, du vrai, du garage ! Une dernière canette à leur santé ! Merci les filles ! Yayayaya !!!