Ce groupe, issu de la mouvance hip de Haight-Ashbury, dont il a été question d'en faire les Beatles américains, sort son troisième album Moby Grape'69, comme son nom l'indique en 1969. L'album précédent (Wow/Grape Jam), en son temps, n'a pas marqué les esprits et Moby Grape essaie de se refaire la cerise avec cet album éponyme de 1969. Skip Spence, son turbulent et perturbé, mais ô combien génial membre, est parti pour des desseins musicaux en solitaire (et son génial OAR), non sans avoir contribué, une dernière fois, au nouveau projet artistique du groupe. Ainsi, le titre de clôture (Seeing, écrite durant les sessions Wow) est en quelque sorte un cadeau d'adieu du groupe à son Skippy le déjanté (le groupe espérait secrètement que Spence revienne, ce qu'il ne fit pas et en souffrit). Animés d'une grande volonté et d'une énergie débordante, les talentueux Jerry Miller, Bob Mosley, Peter Lewis et Don Stevenson remettent le nez dans les partitions plein gaz. Il en découle un disque sincère, méconnu, vraisemblablement en raison de son échec commercial, qu'il convient de dépoussiérer, permettant de passer un excellent moment. Ce groupe savait s'y prendre pour faire de la très bonne musique. Les passages obligés pour ce plaisir à atteindre s'articulent autour des charmants Ooh Mama Ooh et Hoochie, le magique It's A Beautiful Day Today, le tourbillon Trucking Man, les brillants Ain't That A Shame et If You Can't Learn From My Mistakes, ce dernier révélant tout le talent de songwriter de Peter Lewis, Going Nowhere et l'envoûtant Seeing. D'ambiance country-rock, l'album, concis, a été en avance sur son époque et a aussi décontenancé les fans de la fin des années 60, le country n'ayant pas encore fait son trou dans le rock. Ce type de désintérêt pour le country rock a, ne n'oublions pas, affecté les meilleurs (Poco, Byrds, Eagles). Depuis, la critique a revu sa copie et les adeptes des groupes précités y trouvent leur compte. Même s'il n'a pas le niveau du Moby Grape de 1967, il a autant sa place que ses prédécesseurs dans ce que le groupe a fait de mieux jusqu'ici. Il y a des moments où il ne faut pas chercher à savoir pourquoi la mariée est belle, on la prend dans ses bras et on l'étreint. En l'occurrence, on pose son séant dans un fauteuil et on se contente d'écouter.