Critique
Sly Johnson, né Silvère Johnson, mais également connu sous le claquant pseudonyme de Sly The Mic Buddah, n’est pas un inconnu. Au sein du Saïan Supa Crew, groupe exemplaire de rap français à la carrière courte mais au succès populaire crossover éprouvé, et ensuite en sideman de luxe auprès de Camille, Erik Truffaz, Rokia Traoré, Oxmo Puccino et quantité d’autres artistes internationaux.
74, son année de naissance, est un premier album soyeux qui s’inscrit dans une veine estampillée nu soul, une étiquette certes rigide, mais qui a le mérite de délimiter le territoire. Un duo avec Ayo, « I’m Calling You », après un « Slaave 2» qui cite le « Slave To The Rythm » de Grace Jones, offre un idéal complément de deux voix, féminine et masculine. « Hey Mama », nettement plus rentre dedans, dans une couleur quasi Staxienne, confirme que le chanteur rappeur de Montrouge (qui ne s’exprime qu’en anglais tout au long de cet album) n’est pas là pour distiller que de la douceur. Les cuivres claquent, la basse bourdonne et la guitare aguiche.
Pour montrer son héritage, il reprend un des plus grands tubes d’Otis Redding, « Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) », dans une version un peu ralentie, avec une guitare wha wha à la syncope contagieuse. Plus inattendue, sa version de l’unique hit des Korgis, « Everybody’s Got To Learn Sometimes », en 1980, déjà repris récemment par Laurent Voulzy et par JP Verdin sur la B.O. de Lol, semble être ici pour indiquer que l’artiste dépasse le classement urbain auquel il est prédestiné, même si sa version, très soul slow à la Billy Paul, s’affranchit des autres tentatives constatées.
74, avec son parti pris rétro, seventies, au plus près de l’essence de cette musique, est une réussite dans sa réalisation, sa musicalité, et son interprétation.
Sly, après des années dans le métier, veut décoller l’étiquette de rappeur que son parcours lui a collée aux épaules. Mais on aurait aimé se laisser séduire par quelques chansons en français, qui auraient formé nouveauté dans cette couleur. Là, il se met sur les rangs des collègues anglo-saxons, et du même coup se complique la vie dans son territoire d’élection, au moment où un jeune cousin joue les oncles affranchis.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2013 Music Story
Description du produit
Sly Johnson connut sous le pseudonyme de The Mic Bouddha, roi du beatboxing, un art et des manières où il va exceller à l'excès au sein du collectif Saïan Supa Crew. En 2007, avec la fin du Saïan, on le retrouve aux côtés de Camille, Oxmo Puccino, Rokia Traoré ou encore Erik Truffaz. Peu à peu, il trouve sa voie au travers de ses rencontres ce sera l'univers du funk et de la soul. The June 26th EP sorti en Mai cette année, vous a donné un avant-goût de l'album. Il contenait 5 titres : « I'm Calling You » premier single de l'album en duo avec Ayo / 3 remixes par 20Syl (Hocus Pocus), The Audience & Roddy Rod et un inédit. Il a composé le répertoire de son album à partir de sa voix, sublimée par le producteur Jay Newland qui a réuni autour lui une équipe branchée « Great Black Music » : Cindy Blackman aux baguettes, TM Stevens à la basse, la guitare et le clavier du groupe new-yorkais « Soulive », Sherrod Barnes à la guitare, Larry Gold, le mythique arrangeur du son de Philadelphie, qui lui tresse un tapis de cordes sensibles et de cuivres subtils. Sans oublier les rappeurs de Slumvillage conviés sur «Slaave 2», titre constitué d'un beat dépouillé et de discrets scratches vocalisés. Nul doute qu'il renouvelle le genre, poussant le pitch plus loin qu'une simple nusoul, y apportant son style tout en inflexions et son stylo tout en réflexions. 11 titres sublimes et sensuels. Un modèle.