Ca n'a pas l'apparence du Yes, ça n'a pas l'odeur du Yes, ça n'a pas le goût du Yes, mais c'est ...Du Yes !
Bon, avouons que lorsque c'est sorti en 1984, avec le succès mondial d' "owner of a lonely heart" à la clé, on était bien content pour eux, les Yes, qu'ils renaissent un peu de leurs cendres. Wakeman manquait à l'appel, mais il était coutumier du fait. Par contre, avec l'absence de Steve Howe on a commencé à la trouver saumâtre. Bref, le subterfuge a vite été éventré: 90125, c'était LA chose de Trevor Rabin, guitariste-compositeur doué, certes, mais ne m'ayant jamais arraché le moindre frisson.
Le groupe aurait dû s'appeler Cinema, mais comme Jon Anderson passait (par hasard?) dans les studios, qu'il s'est essayé avec succès aux vocaux, le tout a été rebaptisé Yes, histoire d'avoir un packaging un peu plus vendeur. On connait la suite...
Au final, un album pop-fm, quelques relents progressifs, un superproduction avec des tonnes de synthés,samplers et reverbs numériques (le pôvre Tony Kaye, lui qui ne jurait que par son hammond, de toutes façons, il n'était là que pour l'alibi historique...). Certains le trouvent génial, d'autres une insipide guimauve. La production a quand-même commis l'exploit de totalement gommer le style de basse si expressif de Chris Squire. Les Yes eux-mêmes ne doivent pas l'avoir beaucoup en estime (ne parlons pas du furonclesque Big Generator) car il n'est pratiquement plus joué en concert aujourd'hui (version unplugged d'Owner of a lonely heart dans Tsongas).
C'est marrant quand je pense à la carrière de Yes, j'aurais presque envie de faire un parallèle avec l'oeuvre de Picasso: période rose et période bleue pour les deux premiers albums, originaux mais manquant un peu de force et de conviction, début du cubisme pour The Yes Album jusqu'à son apogée avec Relayer, néo-classicisme dans Going for the one et période d'errance auto-plagiaire jusqu'à la fin.
Bref avec 90125, Trevor Rabin et Yes, c'était un peu le mariage de la carpe et du lapin.