Love Is All est de ce genre de trublions Noisy Pop qui sèment la joie sur leur passage en ayant la conviction innocente qu'elle va être contagieuse. Et ça marche. Après trois albums gonflés aux emphet et parfois sauvages, ce groupe suédois emporté par la voix de Josephine Olausson (tessiture proche de
La Roux) a réussi à dompter sa rage et accoucher d'une œuvre non pas plus posée mais maîtrisée. Love Is All est intriguant dans sa constitution et dans son inspiration. Il ressemble à une agrégation de culture Ska (couleur apportée par le saxo de Fredrik Eriksson et les apports vocaux en double teinte de Nicholaus Sparding) et de revendications punk avec ces guitares et ce chant incisifs et parfois fragiles, finalement du Post-Punk aux estrogènes parfois déroutant lorsque émergent des rythmiques purement Disco. En tous cas une formation portée sur un objectif de précision métronomique.
Two Thousand and Ten Injuries arrive alors à point nommé dans cette déferlante d'agitatrices allumées (LoneLady et son incontournable
Nerve Up), Dum Dum Girls et le déjanté
I Will Be [Explicit]...) et apporte sa pierre mais à un édifice dont ses prédécesseurs avaient finalement déjà défini l'architecture. Si l'ensemble est convaincant et bourré d'énergie, de détermination et donne une pèche d'enfer on regrettera simplement ce que l'on pourrait penser être un manque d'ambition. Love Is All a posé ses valises et a fait ce qu'il sait faire : plugger ses guitares, tourner les potard des amplis et envoyer le bois mais cette fois en nettoyant tous les débordements parasites. Et on sent un énorme potentiel mais qui n'arrive pas encore à canaliser toutes ses influences. Il y a par exemple une inspiration considérable dans le titre d'ouverture "Bigger Bolder" dans ses ajouts cuivrés Ska et ses quelques accords organiques à la The Doors mais l'idée aurait pu être emmenée bien plus haut. On reste néanmoins en tension tout au long de l'album, titre après titre, Josephine apportant une sincérité incroyable dans son expression vocale et cherchant à donner un relief plus imposant avec ses claviers. On remarquera également l'excellent travail du bassiste, totalement inspiré sur tous les titres et apportant une contribution déterminante à cette production d'énergie bienfaisante et les convulsions rythmiques aphrodisiaques de Markus Görsch (cf. l'excellent "The Birds Were Singing with All Their Might")
Pour conclure, quelques titres magnifiques donnent l'envie de poser la tête sur l'oreiller (notamment l'inspiré "A Side In A Bed" de nature à vous projeter en apesenteur) puis le titre de clôture "Take Your Time" qui propose une évasion par un velouté synthétique qui rappelle quelques excellents titres de Liquido sur leur album éponyme
Liquido voix et grosses et grasses guitares en moins, cf. les très bons Swing It et Clickesley). Love Is All sème donc la joie et l'on peut confirmer ses effets contagieux et attendre, sans perdre cette sincérité, une exploitation plus approfondie de leurs excellentes inspirations. Gros potentiel.