Curieux destin littéraire que celui d'Anthony Burgess! Né en 1917, mort en 1993, cet excellent romancier anglais aura publié au cours de sa carrière une bonne cinquantaine d'ouvrages, mais la postérité a pratiquement oublié la plupart d'entre eux pour n'en retenir qu'un seul. Il en va ainsi de certains écrivains. De leur plume naît parfois une oeuvre si forte qu'elle éclipse toutes les autres. Et pour peu qu'un
réalisateur de génie s'avise d'en faire
un film-culte, l'oeuvre en question finit par acquérir un statut quasi-mythique. Personnellement, ce qui me frappe dans le cas de "Orange Mécanique", c'est que cinquante ans après sa parution, ce roman est resté aussi frais qu'au premier jour. Son sabir est toujours aussi cocasse, son ton aussi provocant, sa vision d'un futur dystopique aussi dérangeante. Mais ce qui confère à ce livre une pertinence intemporelle, c'est surtout la lucidité avec laquelle il se penche sur le problème de la violence et du Mal. A travers l'histoire d'Alex, jeune voyou de la pire espèce qu'un gouvernement cynique décide de conditionner chimiquement pour le rendre inoffensif, Burgess, en effet, se pose -et nous pose- une question essentielle: dépouillé de son libre-arbitre, un être humain est-il encore vraiment humain? Question éminemment morale qui inscrit cette oeuvre dans la grande tradition des contes philosophiques du 18ème siècle.