Oui, il faut le dire, cet album est abominable, extrème, monstrueux, effrayant.
Yankee Hotel Foxtrot, le précédent album n'était pas une promenade de santé. Mais là, on touche le fond. Cet album se révèle plus brutal, plus direct, plus violent.
Jeff Tweedy n'a pas encore trouvé son équilibre musical et est pour notre plus grand bien en pleine exploration bruitiste.
Le line-up du groupe n'est pas encore stable. Jay bennett évincé durant l'enregistrement de Yankee Hotel Foxtrot n'a pas encore été remplacé. Il faudra attendre l'album Live pour voir arriver le multi instrumentiste Pat Sansone et surtout l'ébourriffant ex-guitariste des Geraldine Fibers, Nels Cline.
Jim' O'rourke assure en attendant de rejoindre Sonic Youth quelques licks de guitares (licks, line-up, name dropping de groupe, comment je me la joue journaliste...) mais c'est bien Jeff qui doit assurer tout les chorus, enfin plutôt tous les sons emanant de guitares.
Alors qu'est ce qui justifie ces adjectifs un peu ...
L'ambiance, le bruit ? détaillons plutôt ...
Tout commence presque normalement avec un long morceau de bravoure électrique à la Crazy horse avec du piano joué au marteau pilon ("At Least that"s you said"). cool donc. Ensuite, "Hell is Chrome", lennonien à souhait ne surprend pas trop.
Puis arrive "Spiders" et là.... on arrive en terra incognita: interminable intro de rythme éléctronique; nous voila en plein Krautrock. Puis les guitares de "At least..." viennent lacérer tout ce bel agencement avant de tout envahir puis de disparaître, puis reviennent accompagner la voix de manière de plus en plus dissonante, hystérique, dérangeante. Dans quel état physique et mental jeff a-t-il joué ces hachures autistiques de guitares, jamais entendues (je cherche: radiohead? Neil Young? Nirvana? Velvet ? Nirvana ? non, pas à ce point, Sonic Youth, Husker Dü ou Suicide peut être).
Autant les premières écoutes de Yankee Hotel Foxtrot m'avaient laissé froid, autant la première écoute est ici traumatisante.
Mais le sublime "Muzzle of bees" rassure tout le monde. Un des plus beaux morceaux de Wilco, carrément, à l'égal de "Poor Places" et de "A shot in the Arm".
Avec ses sublimes passages tout en retenue puis ses débordements de guitares. Haa ...puis cette guitare distordue, fantomatique qui revient tout lacérer à la fin. Voilà, elle sera là tout au long de l'album. Chaque lueur d'harmonie et de douceur devra s'en extraire avant de replonger dans ses eaux boueuses.
Passons sur la pop ouvragée de "Hummingbird", trop classique et parfaite pour moi.
Et voilà l'entêtant "Handshake Drugs" à la rythmique absolument irrésistible, et puis cette horrible guitare qui à la fin revient encore tout ensevelir. Mais ce morceau est devenu un des pilliers des prestations live du groupe, et on peut alors voir Jeff, à la fin du morceau échanger sa Gibson acoustique contre une SG rouge sang menaçante, plus meurtrière encore que la guitare de Nels Cline. Voilà la coupable.
Le début de "Wishful Thinking" fait apparaître de nouveaux symptômes inquiétants sur la santé mentale de ce disque. Ce morceau assez calme rappelle d'ailleurs l'humeur nonchalante de YHF.
"Company in my back" avec son intro assez Mongo Jerry se révèle encore un morceau surprenant avec ses bruitages, ses arpèges aériens de claviers.
Ha,un petit morceau punk à la Replacements "i'm the wheel" avec son refrain explosif. Paul Westerberg !Ou est tu ?
Le populaire "Theologians" me laisse aussi froid que "Hummingbird" mais certains adorent.
Puis arrive "Less Than you think", LE morceau fantomatique ! d'abord 2mn de ballades cotonneuses avec un clavier macabre, puis tout disparait dans un bruit blanc : Où est on? dans une usine , dans une chaufferie, dans un hôpital, ça monte doucement, ça devient assourdissant, strident. On devine au loin un bruit sourd comme si quelqu'un était enfermé dans un sac, dans un coffre. Ça dure, Ça dure ...
10 mn, oui 10 mn. puis ça s'éloigne.... Qui a réussi à écouter "ça" plusieurs fois (à par moi ? Qu'est ce que ça veut dire? C'est aussi de la musique, répond Wilco. Qui a osé ça ? et pourtant ça marche, j'aime "ça". Ça me rappelle la grisaille de mes accès dépressifs et l'impasse de mes moments les plus angoissants. Oui, ça ressemble à "ça".
Angoissant, étouffant,...Ouf! "The Late greats" arrive comme une libération, un retour à la vie, à l'amour.
De la pop à guitare parfaite. de vrais riffs de guitares, de vrais coups de boutoir électriques, des choeurs juste ce qu'il faut. Des paroles comme dans "Heavy Metal Drummers" hommage à tout le bonheur que nous apporte la musique Rock.
"la plus grande chanson perdue de tous les temps, tu ne l'entendras jamais..."
Quand on écoute cet album, on doute.
Si Jeff Tweedy était Stanley Kubrik, YHF serait son 2001, et "Sky blue Sky" son Barry Lyndon); "A Ghost is born" serait assurement son Shining !
Oui, cet album gratte les portes de l'horreur sans que ses auteurs n'aient besoin d'utiliser les artifices du death Métal. Il nous ouvre également les portes de la grâce et le mariage des deux est tout simplement prodigieux.
Il n'a pas à rougir de la comparaison avec le grand oeuvre qui le précède (YHF) même s'il n'a pas sa notoriété.
Bon, allons écouter le petit dernier "The whole Love" pour comparer....