Il est clair que la référence du film de Ridley Scott s'impose à l'esprit lorsqu'on regarde A.I., même avec le costume lustré de Gigolo Joe, même avec l'histoire de Pinocchio revue et corrigée à la mode Kubrico-spielbergienne. Pourtant, il est différent dans le sens où c'est l'amour filial qui en est le moteur principal, et qui poursuit le jeune David dans toutes ses actions. La quête de la mère qui l'a repoussé lui procurera souffrance et désespoir jusqu'à la scène finale, où enfin ces deux êtres peuvent se rejoindre dans un néant sans éternité.
Le début du film montre un scénario intéressant, avec ces scientifiques voulant fabriquer un robot qui éprouve de l'amour. C'est le mythe de la création de l'Homme qui est évoqué là, rejoignant les premiers versets de la Genèse où Dieu fait l'Homme à son image, c'est à dire capable d'amour. Dans le cas présent, l'Homme créé un robot dont l'amour pour celui ou celle qui s'attache à lui sera indéfectible. L'histoire aurait pu se creuser à partir de là et entrelacer des situations complexes.
Or, nous changeons de registre à compter de l'arrivée de Gigolo Joe, qui va servir de guide au jeune David. Cette partie du film devient moins claire, les protagonistes étant engagés dans un scénario d'action plus classique qui les conduit de la foire à la chair à Rouge City. La dernière partie est toute kubrickienne et imprégnée d'un mysticisme auquel chaque spectateur pourra donner un sens différent. Non pas que cette fable cinématographiée ne soit pas belle mais autant l'homme qui s'attache à créer un robot semblait une belle histoire, autant celle ou des extra-terrestres robotisés retrouvent les traces humaines via un robot me semblent tirée par les cheveux. Le film se laisse cependant regarder avec une fascination certaine. Les images sont somptueuses malgré cette histoire au final mélancolique qui pose la question de l'identité humaine.
Un coup de chapeau à Haley Joel Osment pour son interprétation du jeune David (et le fait de ne jamais cligner des yeux, ce qui n'est pas franchement facile !) et à Jude Law pour un Gigolo Joe remarquable, à mi-chemin entre Fred Astaire, Gene Kelly et l'épouvantail modernisé du magicien d'Oz. Le bonus du premier DVD est assez emphatique, étant plus un hommage boursouflé à Stanley Kubrick qu'autre chose. Le DVD de bonus est plus classique dans sa forme, mettant l'accent sur le choix des acteurs, leurs performances, la conception des décors et des effets spéciaux, de la bande son.