Le sujet, familier des lecteurs d'Asimov, est simple : les robots ont-ils une âme et des sentiments ? Ici, guère de doute : David a précisément été programmé pour avoir des sentiments et notamment de l'amour pour ses parents. En effet, c'est à la suite de la maladie qu'ils pensent fatale de leur fils biologique que ses "parents" ont acquis le petit robot, pathétique substitut au vrai fruit de leurs entrailles. Mais lorsque le fils biologique se rétablit, David est de trop et il est abandonné, comme un chien au mois d'août en Espagne, par ses indélicats propriétaires. Pourchassé par les humains hostiles aux robots, il part à la recherche de la Fée bleu accompagné par un robot gigolo (excellent Jude Law) : dans le conte de Pinocchio qu'il a lu, celle-ci a su transformer le petit jouet de bois en vrai petit garçon.
On le sait, Stanley Kubrick avait pour ambition d'adapter la très belle nouvelle de Brian Aldiss ('Super toys last all summer long' que vous pourrez trouver en traduction française dans le recueil
L'instant de l'éclipse) avant d'y renoncer, faute d'évolution satisfaisante des effets spéciaux (le petit robot ne devait pas être joué par un vrai garçon). Spielberg a récupéré le projet, choisi l'impressionant Haley Joel Osment pour le rôle principal et produit un film que je trouve très réussi et qui figure très honorablement dans la liste des excellents films réalisés par Spielberg depuis que Janusz Kaminski assure la photographie de ses oeuvres.
On comprend que Spielberg, ce spécialiste des sentiments de l'enfant, ait été touché par ce conte. Là où le film est très réussi cependant, c'est qu'il conjugue assez bien l'aspect naïf du conte (le côté Spielberg) et l'aspect SF et métaphysique du récit (le côté Kubrick). La première partie du film, dominée par l'entrée dans le foyer puis l'expulsion, est modeste visuellement, touchante et réussie dans une veine très kubrickienne. Le film prend plus d'ampleur lorsque David se met en quête de la fée, dans le but de reconquérir sa maman : il y a plusieurs scènes émouvantes et une vraie recherche visuelle (la fête de la chair, par exemple, comme un écho au cirque et manèges forains de Collodi). Les choses se gâtent un peu lors du long épilogue du film : l'idée (que je ne dévoilerai pas) est excellente mais le récit est plombé par son aspect explicatif, sa lourdeur et son sentimentalisme ostentatoire. Et, pourtant, comment ne pas être ému par ce petit robot en quête (pour l'éternité) de l'amour de sa maman ?