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5.0 étoiles sur 5
Il était si Rococo Freddy, 30 décembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : A Night At The Opera (CD)
Je ne pensais pas vraiment écrire sur A Night At the Opera, tant la cause me semblait entendue : chef d'oeuvre absolu, même si le qualificatif est souvent galvaudé. Et puis à lire les commentaires ici ou là, je me suis dit que j'allais prendre mon bâton de pèlerin pour tenter d'enfoncer le clou au cas où, LA (je n`ose croire qu'il y en ait plusieurs) personne ne connaissant pas ce disque, passerait par là, encore hésitante et s'orienterait plutôt vers un disque de Godley et Creme.
ANAO est le disque quitte ou double pour Queen qui n'a pas encore rencontré le véritable succès à l'exception d'un hit mineur : Killer Queen sur leur disque précédent. Les problèmes contractuels avec leur ancien manager Norman Sheffield sont une source de pression supplémentaire et il faut peut être attribuer à cet environnement difficile le fait que tout le groupe accepte de suivre totalement la voie préconisée par Freddy Mercury en acceptant d'assumer la démesure et la grandiloquence et d'abandonner les oripeaux les plus hard-rock afichés jusqu'alors.
ANAO fait évidemment référence au film des Marx Brothers et A Day At the Races lui répondra en partie artistiquement, en tous cas, formellement en déclinant en noir, la pochette blanche et en modifiant quelque peu le logo du groupe (2 lions, 1 crabe, des anges autour et un phoenix en haut d'une couronne qui rappellent que Farrouk Bulsara a suivi des cours artistiques).
Fruit d'un patient et coûteux travail de studio, avec le producteur Roy Thomas Baker spécialisé dans ce genre de musique sophistiquée et surproduite, ce disque est avec le recul, dans la suite logique des efforts précédents du groupe, chaque chanson se trouvant de manière moins aboutie, déjà en gestation dans les premiers albums.
L'album commence donc par le fameux Death On Two Legs (Dedicated To...) calmement introduit par un martèlement au piano, suivi des coups de griffes de la guitare de Brian May qui déchirent l'air de plus en plus fort, juste avant l'irruption du chant de Freddie, tout mépris dehors pour l'ancien producteur précité. Malgré la légère inquiétude des membres du groupe, Freddie se lâche : « now you can kiss my ass goodbye...Do you feel like suicide?/ (I think you should)". Il faut noter que Freddy a la rancune tenace et c'est avec un humour très froid qu'il annoncera cette chanson, bien des années plus tard. Cette introduction fera d'ailleurs l'objet d'une censure par Bip sur l'album Live Killers où Mercury présente la chanson en disant : « this is about (et là, le Bip remplace « a dirty nasty man, we call him motherfucker, do you know what motherfucker means? »)... we call him death on two legs ».
Allez calme toi Freddy, c'est fini maintenant. D'ailleurs, sur Lazing On A Sunday Afternoon, on retrouve le Mercury tendance cabaret des années 30 avec, à la fin, la traditionnelle démonstration de polymorphie de la guitare de Brian May qui nous imite là, la trompette bouchée du jazz. La chanson enchaîne avec I'm In Love With My Car écrit et chanté de sa voix au papier de verre, par Roger Taylor. C'est un hymne assez ironique, bourré d'énergie, dédié à la voiture, la graisse et tout ce à quoi peut s'identifier un passionné de sports automobiles à qui elle est dédiée (un roadie du groupe).
You're My Best Friend est la chanson d'album du bassiste John Deacon qui compose (au piano ici) peu, mais jamais pour rien (Spread your wings, Another one bites the dust, I want to break free...). Cette chanson sera toujours un moment d'émotion pour Mercury sur scène et le 1er succès du bassiste.
Alors que le rythme folk joué en acoustique laisserait envisager tout autre chose, '39 est au contraire une histoire de science fiction qui évoque les tristes conséquences d'un décalage temporel suite au retour sur terre après un voyage dans l'espace. C'est une chanson assez émouvante, écrite et chantée par Brian May.
Autre composition de May, Sweet Lady est, non pas un moment de faiblesse, mais juste une bonne chanson, énergique, le tempo s'accélérant encore frénétiquement, à la fin.
Seaside Rendezvous signe le retour du Mercury rococo, évoquant une vieille vignette de couple folâtrant au bord de la Méditerranée. Le texte nous gratifie même de quelques mots en français et la musique permet encore un fois à May de faire trompetter sa guitare d'acajou bricolée.
Il est temps de basculer (dans l'esprit du vinyle) sur la seconde face.
On entre de suite dans l'atmosphère tout à fait particulière de The Prophet's Song (B. May encore) évoquant une froide nuit d'apocalypse et prétexte à un travail fantastique au niveau des voix en canon et des effets tourbillonnants d'une enceinte à l'autre. Magistral et pour ma part, ce titre de plus de 8' reste un des plus intéressants de la Reine. Le jeu se calme avec Love Of My Life qui sera un autre moment fort des parties acoustiques en concert. Le texte s'adresse à Mary Austin, l'amie/femme de Mercury avec qui il vivra une relation tourmentée, déchiré par ses attirances sexuelles, euh...variées. Ici, en plus de la guitare, May y joue de la harpe.
Après la harpe, voici venir le banjo/ukulele (et si Brian May était bien l'un des plus grands guitaristes du monde comme le clamait Franck Zappa, un peu connaisseur quand même ?) sur Good Company et sa leçon ironique transmise de père en fils sur ce qu'est réellement une bonne compagnie (en jouant sur les 2 sens du mot : entourage et entreprise).
Bon, voilà, on ferme. Nous tenons là un disque admirable, varié et fort. Ca nous suffit, non ?
Eh bien, non ! Queen veut assommer la concurrence et Freddy assumer entièrement ses délires et ses visions de diva.
Ultime chanson (avant l'hymne de fin God Save The Queen joué à la guitare), peaufinée durant 3 semaines en studio : Bohemian Raphsody.
Quelle claque la 1ère fois où j'ai entendu ça à la radio ! Et ça n'en finissait plus, il y avait tant d'invention, tant de chansons en une ! Début timide au piano, drame, explosion d'un opéra maléfique, reprise hard rock et fin résignée : tout y passe.
Tout ce qui distinguera à jamais Queen pour le meilleur ou le pire est là, le mélange ultime des genres, la préciosité en blouson de cuir, le ridicule qu'épargne in extremis le second degré que certains critiques n'accepteront de percevoir que contraints et forcés, à la mort de Mercury (Pas vrai P. Manaeuvre ?).
Evidemment, compte tenu de la complexité des parties vocales, le groupe ne jouera jamais sur scène la bataille entre Bismillah, Scaramouche et Belzebuth. A ce moment de la chanson, il se retire pour laisser le disque jouer et il revient pour la reprise. Le clip qui accompagne ce titre est à la hauteur avec sa démultiplication de visages lors des chaeurs et ses éclairages en demi-teintes.
Disque intemporel, ANAO appartient en plus, au cercle assez restreint finalement (Dark side of the moon, Abbey road, In the court of the Crimson King, Led Zepp II, Something Else by The Kinks, Blonde on blonde, Who's next ...?), des oeuvres sans scorie ou appendice disgracieux. Toutes les chansons composent un ensemble sans faille et formidablement cohérent. Après cette nuit à l'opéra, le monde serait prêt et Queen allait le sillonner pour y laisser ses relents de patchouli , ses traces de rouges à lèvres, mais aussi et surtout, son âme peinte aux couleurs des papillons et ses histoires éternelles d'enfance.
La vache : rien que de repenser à ce disque, je me le rachèterais presque...
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