Extrait
Extrait de l'introduction
Mestrius Plutarchos, notre Plutarque (40/50-119/125 de n. è.) était romain. C'était un chevalier romain, originaire de Grèce et de culture grecque. Cette double appartenance civique n'en fait pas un «collaborateur» des Romains, mais un membre banal de l'élite de l'Empire. Sans apprécier outre mesure la brutalité manifestée par certains gouverneurs et soldats, cette élite s'était en effet ralliée au régime fondé au IIe siècle av. n. è., après la conquête de la Grèce, et qui s'était structurée sous une forme apaisée et pacifique avec la naissance de l'Empire, au début de l'ère chrétienne.
Plutarque est grec et fier de l'être. Il est parfaitement conscient du joug romain qui pèse sur le monde, mais il n'en est pas moins un Romain, un membre de l'élite romaine. Comme les interlocuteurs de ses traités, il se sent «gréco-romain», la romanité étant une qualité qui transcende l'origine locale. Il marie les deux cultures, et éclaire l'une par l'autre. Il connaît assez de latin pour consulter des ouvrages écrits dans cette langue et pour mener des enquêtes étymologiques. Les institutions romaines ne lui sont pas étrangères. Il les a connues à travers la lecture et par la fréquentation d'amis romains, pour la plupart originaires de la partie occidentale de l'Empire, comme son protecteur Mestrius Florus, à qui il devait sans doute d'avoir été fait citoyen romain. Plutarque s'est d'ailleurs rendu à deux ou trois reprises à Rome où il a résidé un certain nombre d'années (75-79 ; 93-94). C'est donc un Grec relativement bien informé de tout ce qui touche Rome.
Après ses études, à Athènes, où il avait fréquenté l'École platonicienne, Plutarque avait effectué plusieurs voyages, notamment, donc, à Rome où il parvint à obtenir un brevet de chevalier, et peut-être même les ornements de consul. Par cette distinction, sans devenir réellement membre du Sénat romain, il possédait le rang honorifique d'ancien consul. Autant dire que Plutarque avait des protecteurs puissants et était bien en cour au Palatin. Après une vie partagée entre les missions officielles et l'érudition, il se fixa à l'âge mûr dans sa patrie, à Chéronée, en Béotie. Il était aussi citoyen de Delphes et depuis 90 prêtre du sanctuaire d'Apollon. Il entretenait à son domicile une sorte d'académie, où des jeunes gens venaient se cultiver dans tous les domaines.
Plutarque est l'un des auteurs les plus prolifiques de l'Antiquité grecque. Le catalogue médiéval de ses oeuvres donne 227 ouvrages, dont 105 ont été conservés. Cette oeuvre comprend d'une part les Vies parallèles, un ensemble de biographies comparées de Romains et de Grecs, d'autre part les ouvrages moraux, au nombre de 79. Les Oeuvres morales traitent de sujets très divers, qui vont des problèmes philosophiques aux questions politiques ou historiques. L'inspiration est généralement platonicienne, avec des influences pythagorisantes telles que les transmettait l'École platonicienne. Les Questions romaines appartiennent aux uvres morales, parmi lesquelles sont citées également des Questions grecques, qui sont conservées, et des Questions barbares, dont seul le titre nous est parvenu. Il n'est pas impossible que ces trois oeuvres aient constitué un ensemble, même si les Questions grecques sont très différentes des Questions romaines. Il semble enfin que les Questions romaines soient à ranger parmi les oeuvres tardives de Plutarque. On s'accorde à reconnaître qu'elles ont été écrites après la mort de Domitien en 96 de n. è., peut-être au cours de la première décennie du IIe siècle.
Présentation de l'éditeur
Plutarque, historien de la fin du 1er siècle de notre ère et
auteur des fameuses Vies parallèles, est l'une des principales
sources qui nous ont fait connaître l'Antiquité. Citoyen romain
d'origine grecque, son oeuvre constitue une mine
d'informations très précieuses sur la vie quotidienne dans
l'Empire romain, ses coutumes et ses institutions. Parmi ses
ouvrages qui nous sont parvenus, les Questions romaines sont
sans doute le texte le plus énigmatique. Comment interpréter
cette étourdissante succession de questions et de réponses
contradictoires sur les us, les mythes ou la religion romaine,
qui semble ne répondre à aucune logique apparente ? Les
historiens se sont longtemps divisés sur le problème. Jusqu'à
ce que John Scheid en découvre le sens caché, qu'il nous livre
ici. Les Questions romaines, démontre-t-il, suivent une trame
très précise, bien qu'implicite, dictée par la topographie de la
Ville éternelle. C'est un livre avec lequel on déambule à
travers les rues du Forum romain, sur les places du Forum
Boarium, le long de la Voie sacrée, entre les temples du
Capitole et le Grand Cirque... Dans cette promenade savante et
littéraire, chaque monument suscite un questionnement,
chaque point de vue réveille, par association d'idées, une
image. Grâce à Plutarque, la Rome qui se déployait sous ses
yeux revit. Grâce à John Scheid, qui entraîne le lecteur
moderne dans les pas de l'illustre historien, on saisit combien
notre histoire recèle de découvertes encore à faire...