Dans cet oratorio d'un compositeur que René Jacobs s'efforce de mieux faire connaître au grand public, il faut reconnaître que bon nombre d'éléments sont superbes : les arias, le raffinement de l'orchestration, magnifié par un René Jacobs toujours attentif aux détails mais aussi à la couleur dramatique, les récitatifs éloquents. Le chef gantois a su s'entourer d'un plateau de solistes admirable à tout point de vue : Bernarda Fink est parfaite dans le rôle ambigu de Caïn, Graciela Oddone est une merveille de pureté, de candeur dans le rôle d'Abel, Dorothea Röschmann est une Ève écorchée vive, très dramatique et aimante. Richard Croft donne à Adam la personnalité idéale d'un père soumis à la volonté de Dieu, à la fois humain et père dans l'âme. A ce casting idéal, s'ajoute la voix de Dieu incarnée par Jacobs lui-même. En toute subjectivité, je fais partie de ceux qui ne regrettent pas sa totale reconversion en chef : son timbre ne m'a jamais été très agréable. Pour autant, son incarnation reste convaincante et le ton adopté est plutôt bon. Antonio Abete est excellent dans le rôle de Lucifer. Il possède les graves, la présence, le côté maléfique. En somme, un casting quasi idéal. Mais il serait injuste de ne pas mentionner dans les éloges, les formidables musiciens de l'Akademie für Alte Musik Berlin, lesquels font montre à chaque instant d'un sens du théâtre et du raffinement dans les dialogues entre les instruments et les solistes. Jamais écrasante, toujours vibrante et éloquente, elle bénéficie en outre d'un continuo minimaliste mais varié et riche. Une autre très grande réussite à l'actif de Jacobs.