Pour ceux qui approchent dangeureusement la quarantaine (la mise en quarantaine ?), les tubes que furent en leur temps, « P-machinery » et « Duel », résonnent encore, telle la lumière scintillante d'une étoile éteinte depuis des millions d'années.
Ce qui saute aux oreiles quand on le découvre, c'est indéniablement sa chair et son sang, son épaisseur et sa richesse sont presques éblouissantes tant les images qui nous sont données de voir possèdent cette belle grandiloquence et cette ampleur qui font les superproductions ambitieuses, réussies. Il suffit d'écouter le morceau d'ouverture, « A dream within dream », ce monolithe noir possède cette force rythmique répétitive qui servira, comme savaient si bien le faire certains groupes dans les années 70, de base, de moyen, de véhicule au déployement de scènes immenses, gorgées d'une mélancolie spéciale, je dirais d'une tristesse qui se retient comme si la larme se voulait plus profonde que la sombre dépression si présentable, télévisuellement parlant. La guitare de Steve Howe (de Yes) y dessine des tapisseries fanées, des dorures écornées, des temples en ruines aidée en cela par les prouesses percussives de Stewart Coppeland, ex-batteur de Police. L'album continu son chemin et nous croisons d'autres blocs, à certains moments ces masses se parent des attributs de la glace (les très froids « Sorry for laughing » et « Dr Mabuse »), à d'autres leurs reflets sont du même metal que les lames des sabres des valeureux guerriers germains (le très punkisant « Jewel »).
De cette époque si spéciale, ce milieu excat des années 80, je ne vois pas beaucoup d'albums ou de groupes qui peuvent supporter la comparaison avec ce chef d'oeuvre, il y auarait bine le « Stella » de YELLO ou le « Micro-phonie » de CABARET VOLTAIRE, voir le « Low-life » de NEW ORDER mais ils ne réunissent pas cet équilibre fragile et nuancé entre une expérimentation fournie (l'utilisation du Fairlight est jouissive) et une production mélodique riche et simple tout en ne sacrifiant en rien à la légèreté des charts. Non, définitivement je ne lui trouve que des qualités et aucuns défauts, si ce n'est que le groupe aurait du en rester là et ne pas tenter l'aventure du deuxième album, forcément casse gueule quand on a pondu une telle masse créative.