Près de neuf ans ont passé depuis la sortie d’
Abricotine et le single
« Te revoir ». Durant ces années salvatrices, l’écriture de groupe bordelais s’est affinée, est arrivée à maturité
. Le ¼ D’Heure des Ahuris (2002) et
Tandoori (2007) ont été les jalons de cette évolution tant musicale (le son s’est durci, la rythmique s’est tendue) qu’au niveau des textes, toujours plus inspirés, encore et toujours signés Romain Humeau, chanteur et guitariste exalté d’Eiffel.
Enregistré pendant près de dix mois,
A Tout Moment est l’œuvre d’un groupe de rock qui sait ce qu’il veut, et ce qu’il vaut : l’assurance et la cohérence qui se dégagent tout au long du disque est une nouveauté chez Eiffel. Non pas que les précédents albums furent timorés ou balbutiants, mais l’exigence textuelle et musicale de Romain Humeau, Estelle Humeau et Nicolas Courret est ici honorée par des chansons travaillées, des arrangements subtils mais puissants, et des textes oscillants entre sarcasme et sensibilité. Un travail ambitieux et suintant de sincérité.
« Le Cœur Australie » et ses riffs que n’auraient pas renié les Thugs,
« A tout moment la rue », single entêtant bénéficiant de la présence d’un certain Bertrand Cantat aux chœurs, ou encore
Minouche, titre mélancolique et tendu, marqué de l’empreinte vocale impressionnante d’un Romain Humeau toujours sur la corde raide, ouvrent ce quatrième album de la plus belle des manières. Si le milieu du disque (
« Sous ton aile », « Cet instant-là »), souffre de certaines facilité mélodiques, les derniers titres redonnent de la hauteur à Eiffel.
« Ma Blonde »,
« Mille voix rauques » et
« Ma Nébuleuse mélancolique » font en effet sûrement partie des plus beaux morceau d’Eiffel depuis ses débuts. Avec
A Tout Moment, Eiffel semble enfin se libérer de l’ombre de son grand frère (assumé) Noir Désir pour briller totalement et définitivement par lui même.
Arnaud De Vaubicourt - Copyright 2012 Music Story