Premier album du groupe sans Peter Gabriel, Trick of the Tail s'inscrit davantage dans la lignée du mélancolique et ténébreux Selling England by the Pound que du fantasque Lamb Lies Down on Broadway. Même si la voix de Collins - qui assure dorénavant le chant - a encore du mal à s'imposer, les autres musiciens sont au diapason pour offrir des compositions léchées, parfaitement retenues dans leurs envolées. L'album joue l'altenance entre des morceaux musclés ("Dance on the Volcano", "Squonk", "Los Endos"), propulsés par la rythmique implaccable de Collins, elle-même soutenue par les lignes de basse discrètes de Rutherford, et des suites délicates, où les guitares de Hackett et les claviers de Banks, mellotron en tête, prennent toute leur importance ("Entangled", "Mad Man Moon", "Ripples"). Paradoxalement, la ballade qui donne son nom à l'album n'est pas à la hauteur des autres compositions. Elle préfigure l'orientation pop que le groupe va suivre à la fin des années 1970. A Trick of the Tail est un album solide, techniquement irréprochable, ponctué de superbes passages aériens (les fins de "Entangled" et de "Ripples") et d'une perle ("Mad Man Moon"), mais auquel il manque un supplément d'âme.