Trois frères qui ne se sont pas parlé depuis un an, après la mort de leur père, se retrouvent afin de traverser l'Inde à bord d'un train, le "Darjeeling Limited".
Prévu au départ comme un parcours d'initiation spirituelle censé resserrer des liens aujourd'hui rompus, le voyage va rapidement virer au fiasco, car la fratrie dysfonctionne complètement. Au bout du voyage, pourtant, ils étaient censés retrouver leur mère, devenue nonne dans un couvent de l'Himalaya...
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Fantastic Mr. Fox, le réalisateur Wes Anderson poursuit son œuvre sur la "Famille", thématique qu'il régurgite film après film. Famille disloquée, famille recomposée, famille de cœur ou famille imposée, toutes les déclinaisons y passent et le spectateur assiste amusé à cette manière très originale d'aborder le sujet. Car le metteur en scène possède sa voix propre, teintée de nostalgie, de mélancolie et d'humour extravagant, quand il n'est pas carrément... étrange !
Le plus agréable dans cette série de films, c'est qu'Anderson convoque plus ou moins le même casting à chaque fois (sa propre famille, si l'on veut...). Et l'on est immédiatement conquis par le charisme irrésistible de cette bande de joyeux lurons, regroupant ici Owen Wilson, Adrian Brody, Jason Schwartzman, Angelica Huston et Bill Murray (dans une courte apparition, mais une apparition irrésistible quand même !). Cabotinant à l'excès, les acteurs valent à eux-seuls le détour.
Ce qui m'a le moins convaincu par contre, c'est la vacuité du scénario. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le fil de l'intrigue ne va pas bien loin. Anderson ne fait jamais qu'effleurer les choses et ses différentes séquences ne dépassent jamais le stade de la simple friction loufoque : une fois que l'on rit de voir les personnages se comporter de manière farfelue, une fois abordé le thème de la famille en crise, et bien c'est terminé, on passe à la scène suivante. Du coup, alors que le film est bouclé, le réalisateur n'a pas approfondi grand chose. On comprend bien qu'il s'agit du parcours initiatique d'un groupe de paumés qui, malgré eux, puisent la source de leur existence dans leur famille, mais d'un point de vue formel, le film finit par être agaçant à force de survoler l'histoire et d'enchaîner des scènes sans queue ni tête. Il n'est pas assez palpable pour être convaincant !
Il y a de vraies bonnes idées, comme le fait de surprendre tout le monde en virant la fratrie du train en plein milieu du voyage pour les balancer en plein "no man's land", histoire de symboliser la rupture à la base des nouvelles fondations. Mais encore une fois ces bonnes idées ne vont jamais jusqu'à un stade suffisant pour que le spectateur s'en nourrisse.
Il y a bien une ligne claire, la voici : Trois frères, jeunes adultes abîmés par la vie et une éducation fragile à base de parents distants, entretiennent une relation ambivalente. Ils s'aiment tout en ne s'appréciant guère. L'ainé, très directif, décide de resserrer ces liens par un voyage initiatique dont le but réel est de retourner à la mère, plus fuyante que jamais. Tous trois sont des aigris, chacun à sa façon. Le parcours les mènera à l'échec. Mais, forts de leurs présences respectives, ils renaîtront ensemble depuis l'autre bout du monde.
Mais il n'y a aucune structure. Juste un enchaînement de scénettes à la limite de l'improvisation. Disons que le trop plein de liberté artistique joue ici en défaveur de l'ensemble à force de ne pas développer de structure narrative ni dramatique. Disons qu'il y a du réussi, mais que ce "réussi" côtoie aussi le "stérile"...
Plastiquement, le film est un délice, Anderson nous refaisant le coup du "jaune". Sa couleur fétiche noie une fois de plus l'écran, nous révélant toute l'étendue symbolique d'une teinte finalement très peu employée. Tour à tour lumineuse, diaphane ou automnale, elle vient appuyer de manière éclatante la tonalité de chaque scène selon l'option choisie, qu'elle soit gaie, mélancolique ou plutôt déjantée.
Soyons tout de même heureux qu'un tel cinéma existe. Différent, personnel, attachant, souvent aléatoire, le cinéma de Wes Anderson mérite de faire son chemin dans nos cœurs !