"A bout de souffle" est un film militant, un film de rupture avec le cinéma français des 50's. La france produisait alors des films de scénaristes, écrits, ou plutôt redigés, que venaient ensuite tourner des metteurs en scène talentueux mais pas spécialement inspirés : Christian Jacques, Autant Lara, Verneuil... Les stars étaient les acteurs, et les numéros d'acteurs.
Avec Godard, c'est fini : les scénarios, on s'en fout, y'en a pas, ou alors on l'écrit au jour le jour. La star, c'est le film en lui même, et la mise en scène. Pour "A bout de souffle" Godard rend hommage au Film Noir, à Hawk, Lang, Bogart, mais surtout il casse les codes, réinvente une grammaire, une manière de raconter, de monter les images, de raccorder les plans, d'empiler les pistes son, de diriger les comédiens afin de trouver le sentiment, l'émotion juste. Et c'est en cela que le film est réussi, il nous fait réagir, il nous émeut. Seberg et ses journaux sur les Champs est trop craquante, Bébel et insolent à souhait, mais tellement attachant, même avec sa gueule cassée. "A bout de souffle" n'a pas vieilli, il reste moderne, dérangeant, insolent comme Michel poicard, son héros, qui nous regarde droit dans les yeux et nous dit : "si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, la campagne, alors... je vous emmerde!".
Ce film a marqué son temps, comme "Citizen Kane" les années 40, et a surtout permis à des milliers de cinéastes en herbe, de se dire : moi aussi, alors, je peux faire un film, inventer, créer, innover, sans limite, sans peur des conventions. "A bout de souffle" est une immense bouffée d'oxygène, un magnifique bras d'honneur au cinéma sclérosé d'alors, et d'aujourd'hui encore. Godard confirmera et affinera sa méthode sur "Les carabiniers", "Le Mépris", et retrouvera Belmondo dans "Pierrot le fou", encore plus explosif et jouissif.