Remake du classique par accident de Jean-Luc Godard et François Truffaut, cette version d'A BOUT DE SOUFFLE à la sauce eighties est un monument de superficialté poseuse. La Frenchie Kaprisky est charmante et porteuse d'une charge érotique certaine en écolière semi-innocente, face à un Richard Gere insupportable de cabotinage (pas étonnant qu'il finisse par donner la réplique à un toutou dans
Hatchi) - celui qui fut le roi David et le gigolo américain semble tout droit sorti d'une publicité pour du dentifrice, et comme sa partenaire féminine exhibe lui aussi généreusement son physique avantageux. Les décors jouent à fond la carte de l'artifice; les rues de Los Angeles sont d'ailleurs placardées de peintures murales devant lesquelles évoluent nos amants condamnés, eux-mêmes en proie à d'irréalistes rêves exotiques. On est toujours dans le désir de faire du film une bande dessinée vivante. Les seconds rôles sont inexistants, quand ils ne sont pas d'une laideur repoussante (mention spéciale au personnage de garagiste). Seul le policier agressif incarné par John P. Ryan laisse une petite impression. Le rôle jadis tenu par le flamboyant Jean-Pierre Melville est ici tenu, en forme de clin d'oeil, par le grand chef opérateur (et réalisateur occasionnel aux Etats-Unis) Eugène Lourié, dont l'apparence de vieillard distrait ne sert pas le film.
Drôle d'idée que ce remake à vrai dire, le film de Godard se suffisant à lui-même, son approche heurtée à la narration bousculée participant du charme de cette bande à part portée par la fougue juvénile de Belmondo et Jean Seberg. Cette version de Jim McBride tente de retrouver l'esprit frondeur et le côté virevoltant des péripéties de ce gangster romantique et de sa compagne à demi consentante (on y fait référence à l'univers des comic-books à plusieurs reprises), mais l'ensemble sent tout de même le réchauffé... L'intérêt du film de Godard était qu'il livrait une vision décalée du film de gangsters à l'américaine; la transposition telle quelle de ce scénario anecdotique dans la machinerie hollywoodienne ne pouvait qu'affadir le propos. Pas catastrophique pour autant, le métrage se laisse regarder comme une curiosité, par bien des aspects typique de son époque (le film a fait sensation à sa sortie, étant même inclus par Pierre Tchernia et Jean-Claude Romer en mode "fiches de Monsieur Cinéma" dans leur livre
80 grands succès du cinéma policier américain). Mais le film de Godard a conservé toute sa fraîcheur tandis que celui de Jim McBride (le meilleur
Le Flic de mon coeur) paraît irrémédiablement daté, dépourvu de la spontanéité qui faisait tout le sel de l'original. On sent, toutefois, que McBride tente de donner une patte singulière à son film. A noter que le personnage de Richard Gere est obsédé par la musique de Jerry Lee Lewis; le réalisateur McBride tournerait un peu plus tard un biopic consacré au pianiste sous le titre
Great Balls Of Fire avec Dennis Quaid (déjà vedette de THE BIG EASY) dans lequel débutait l'alors craquante Wynona Ryder (accessoirement belle-fille de Timothy Leary, l'inventeur et infatigable défenseur du LSD). Ouf!
Le titre français du film reprend bien sûr le titre de l'original, auquel est accolé un autre titre de film tourné par JLG (
Made in USA), ce qui n'est pas totalement idiot donné que ce Godard-là donnait aussi dans une esthétique colorée et pastichait amoureusement l'univers du polar U.S.
Comme toujours avec cette collection Metro Goldwyn Meyer, le film et c'est tout, plusieurs choix de langues et de sous-titres disponibles.