Ce film est fascinant. Cronenberg a réalisé un film de facture assez classique, reprenant un thème cher au Film Noir. Le spectateur est dans un univers connu, il a ses repères. La petite ville, la famille, une cafétéria, son patron (Tom) et ses clients... Tout va bien dans le meilleur des mondes. Jusqu'à l'intrusion soudaine de ces deux types dans la cafétéria tenue par Tom, l'explosion de la violence, sèche, rapide. (qui rappellera aux cinéphiles le début de LES TUEURS de Robert Siodmark, ce qui n'est sans doute pas un hasard). Retour au calme. Mais rien ne sera plus comme avant.
Ce qui est passionnant, ce n'est pas tellement de comprendre qui était Tom dans son ancienne vie (on s'en doute un peu, ce thème a été traité cent fois), mais comment les autres réagissent à ce soudain éclat de violence. Il y a ceux qui s'en félicitent, ceux qui en ont peur, ceux qui s'interrogent. Pour répondre à une chronique, dans laquelle l'auteur disait : « y'a pas tant de violence que cela dans ce film, pourquoi ce titre ? », je dirais : au contraire, la violence est au centre de tout ! Cronenberg fait le constat que la violence fascine sans doute plus qu'elle répugne. Comme dans les westerns, on voit une société bâtie sur cette violence. Le héros parvient à rétablir la situation, à revenir à un certain équilibre, une certaine harmonie, qu'en passant par cette violence. Et lorsque sa vie est menacée, c'est son propre fils qui épaule le fusil. Les armes sont au centre de cette société américaine, pays bâti à coups de revolver et de massacres. Cronenberg nous dépeint une Amérique moyenne, apparemment paisible, mais où rien n'a changé depuis Jesse James. Le constat est terrifiant. L'homme et la société dans son ensemble sont issus d'un terreau violent, et nul n'échappe à son destin.
La grande intelligence de David Cronenberg, est d'avoir choisi une forme classique pour son film : une mise en scène précise, mais sans emphase, reprendre les codes du Film Noir pour nous faire rentrer dans son histoire le plus vite et le plus facilement possible. Ma manière dont la mécanique s'emballe est remarquable, fascinante. A ce titre, le personnage de Ed Harris est une grande création ! Citons aussi la merveilleuse, la magnifique Maria Bello (très intense scène sexuelle, d'où la violence, encore une fois, n'est pas absente), et bien sûr la force et la présence de Viggo Mortensen, impérial, qui joue au minimum, comme les grands acteurs du genre (Sterling Hayden, Robert Mitchum)...
HISTORY OF VIOLENCE est un film concis, intelligent, et intense. Une très grande réussite