Dans « À l'attaque ! », on entend qu''il n'y a que deux choses qui comptent à Marseille: "la lutte des classes et la sexualité ! " Ainsi le réalisateur Robert Guédiguian et sa bande habituelle de comédiens récidivent en série, en frappant encore leur cible perpétuelle : l'injustice sociale qui pèse sur le quartier marseillais de l'Estaque. Pourtant ils pimentent toujours le drame social à la comédie humaine.
Le film oppose deux niveaux de narration, celui des scénaristes fictifs (Denis Podalydès et Jacques Pieiller) et celui de «leur» scénario, où une famille de garagistes est prise dans les manigances d''un patron. Pour jouer les garagistes (« Moliterno & Cie ») et leur entourage solidaire, Guédiguian fait appel à son troupe de toujours. Pour Lola Moliterno (Ariane Ascaride), Jean-Do (Jean-Pierre Darroussin), Gigi (Gérard Meylan) et Pépé (Jacques Boudet), les chèques fait à leur encontre ne sont pas correctes sans le terme « et Compagnie ». Mais la lutte sociale n''est pas tout, car Lola et Marthe (Frédérique Bonnal) doivent débattre la nécessité de raser les poils pubiens. D''ailleurs, un scénariste remarque qu''il n''y a que deux expressions authentiquement marseillais : « va te faire enculer » et « amitié érotique ».
La transition d''un niveau narratif à l''autre est un vrai terrain de jeu. Dans un effet spécial numérique, un plan «Moliterno» s''écroule et se transforme en une boule de papier qu''un scénariste jette à la corbeille. Inversement, le commentaire d''un scénariste « C''est vulgaire » est suivi prestement par l''image des prostituées marseillais sous le regard frustré de Jean-Do et Gigi. C''est ainsi que Guédiguian s''empare d''un pouvoir subversif d''influencer le cours d''évènements, et surtout de jouer avec des déroulements alternatifs de l''histoire. Somme toute, avec un ensemble théâtral dans la pure tradition de Brecht, «À l'attaque!» livre une comédie satirique qui, au travers un dialectique ludique, déstabilise l''ordre établi.