A l'origine, il y a un fait divers réel, l'une de ces histoires de fou qui ont lieu de temps en temps, nous fascinent et constituent, il faut le dire, une formidable matières filmique : en 1997, un certain Philippe Berre se fit passer pour un entrepreneur chargé de reprendre les travaux de l'A28, énorme chantier arrêté qui faisait vivre toute une population.
L'histoire a été légèrement modifiée, au bénéfice du film : "Philippe Miller" est pris dans l'engrenage du mensonge presque malgré lui, suite à une méprise sur l'une de ses arnaques d'escroc à la petite semaine dans le domaine du petit outillage. Il est alors pris pour un chef de chantier d'une grande multinationale de travaux publics. Accueilli comme un véritable messie dans ce nord aveuglé par la misère et la souffrance, le faux entrepreneur est bientôt dépassé par sa propre imposture...
Probablement le meilleur film français de l'an dernier, magistralement ficelé, avec un casting redoutable (Cluzet, entre égarement, prise de confiance et désespoir, est tout bonnement hallucinant. Devos est, comme toujours, parfaite), une réalisation impeccable et un scénario sans faille. L'efficacité du film se double d'une réflexion parabolique sur le rapport entre désespoir et chimère ainsi que sur la positivité d'une imposture finalement assumée (l'escroc finit par se sentir utile et aimé, il crée du lien social) et bénéfique (le tronçon d'autoroute fut jugé aux normes, construit plus rapidement, et la police l'empruntera même pour venir arrêter l'imposteur !").
L'un de ces films qui redonne foi dans le cinéma français. Et ce n'est pas rien.