De Jaume Balaguero, j'ai adoré dans des styles d'ailleurs opposés,le délicat "Fragile" et le terrible "Rec".
"A louer" se rapproche de toute évidence de l'esthétique fouillée de "Fragile", par la recherche poussée de décors cauchemardesques presque "vivants" (l'environnement, l'immeuble et les appartements sont tellement bien reconstitués qu'ils ont un rôle à part entière), par la lumière grise (accentuée par la pluie qui tombe tout autour comme les barreaux d'une prison), par la mise en scène nerveuse (de nombreux plans alternés doublent les points de vue qui enferment, lentement mais sûrement, les protagonistes dans "leur" maison"), par un fond sonore baroque et oppressant. Mais " A louer" se rapproche aussi de toute évidence de "Rec" par l'hystérie collective qui gagne les personnages, l'investissement d'un huis clos en temps limité (un immeuble,une nuit),certains plans gores. La cage d'escalier, une fois de plus, ne débouche que sur une impasse, communiquant sur d'autres clôtures ou dangers...c'est kafkaïen!
L'immersion dans ce moyen-métrage de 68 minutes se fait par un passage de l'extérieur à l'intérieur d'où l'on ne ressort pas...d'abord, le jeune couple (avec le topos classique de la femme enceinte) a une conversation légère dans la voiture qui les emmène vers le lieu de leur condamnation "à vie", sous le soleil et un ciel bleu anodins... après un court sommeil, cette jeune femme, Clara, se réveille dans un décor aux allures de cauchemar (un quartier délabré et désert) et l'on se demande si l'on n'est justement pas passé dans cette dimension onirique tant les effets visuels, la photographie et les décors sont improbables, laissés à l'abandon, sans aucune présence d'humanité (d'ailleurs à sa question: "où on est?", son mari lui répond: "je ne sais pas!!").
Qui emmenerait une femme enceinte visiter un appartement à louer dans une telle zone délabrée, terriblement anxiogène et nauséeuse? Qui suivrait cette femme (de la soi-disant agence locative)aux allures de Carabosse et au discours péremptoire? Comme on dit, sans cela, le film n'existerait pas! Mais c'est justement toutes ces motivations inconcevables et incompréhensibles, suivies de nombreuses réactions maladroites, bêtes ou "à côté de la plaque" de la part de ces pauvres "locataires forcés" qui rendent le film crispant à la longue!
Ce n'est pas le jeu hystérique des acteurs qui m'a déplu...on est dans l'épouvante de la folie baroque, pourquoi pas? Oui, la réalisation technique est de grande qualité. Mais si vous attendez une once d'intelligence et de réflexes "normaux" de la part de ce couple, vous attendrez longtemps! Il fait tout pour se passer la corde autour du cou (en otant d'ailleurs celle du cou de leur futur bourreau dont n'importe qui se méfierait à part eux, tant il ressemble à une bête sauvage! rire).
On touche au ridicule, au ringard...J'aime l'excès dans l'épouvante, mais à force de créer des situations qui ne tiennent pas la route et multiplient les fâcheuses coïncidences, on finit par se détourner de l'action, et pire, des protagonistes eux-mêmes, dont on voudrait finalement qu'ils meurent plus vite pour en finir avec leur bêtise!
Ce n'est que mon point de vue, il ne vaut peut-être pas grand-chose, mais les trois personnes qui regardaient le film avec moi l'ont partagé et se sont senties agacées.
Pour Balaguero,il faudrait peut-être creuser le scénario et les comportements de ses personnages, car une esthétique sans fond finit par offrir un vague reflet...sans consistance ni émotion.