Le personnage de Des Esseintes dérange, indubitablement. Comme son auteur, J.-K. Huysmans, esthète dilettant, romancier inclassable, critique d'art redouté et merveilleux pamphlétaire. A rebours (1884) est certainement le roman de la trilogie (A vau-l'eau, 1882 ; En rade, 1887) le plus caractéristique de son style : nerveux, précis, d'une rare sophistication. Sans tomber dans l'écueil d'une préciosité pédante, Huysmans révèle l'esprit décadent, sa nausée, son désespoir mais aussi son sens de la provocation et de l'autodérision. --Claire Mazurel --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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Huysmans, le style ! Huysmans, la forme ! Huysmans, le maître des sens ! C'est à travers "A rebours" que Huysmans fait la plus belle preuve de sa culture et de sa qualité de prose. Ce qui pourrait être perçu par certains comme un simple exercice de style ampoulé et vaniteux sera au final reconnu par tous comme un intégral plaisir des sens.
Affublé d'un sens aigu de la description et du détail, Huysmans manie la langue et les champs lexicaux se rattachant aux cinq sens avec une incroyable dextérité et précision, le mot tombant toujours juste ! Dans cet ouvrage, les mots se transforment en un festival de couleurs, d'effets de lumière, de sonorités et bruitages, de textures, de goûts... De manière général, le vocabulaire employé repose sur des mots à la graphie ou à la phonie séductrice, dont l'exotisme semble sortir d'un français mystérieux et oublié : peccamineux, vergus, ribotte, rubéfiant, sinapisme, cauteuleux, lénitif, pour n'en citer que quelques infimes exemples.
"A rebours" est un livre qui sent, qui brille, qui fait saliver, qui se goûte... Certainement l'un des ouvrages de la langue française où la prose est la plus riche, la plus contrôlée, la plus belle et la plus juste.
Ainsi, ce roman fait l'analyse de nombreuses œuvres d'art - qui, si elles ne sont pas connues par le lecteur, ne facilitent pas la lecture du texte. Pourtant, ces réflexions sur l'art sont des plus intéressantes et dénotent une analyse très approfondie des œuvres abordées, toujours d'une très grande finesse et qui permettent de voir clairement les liens qui unissent les différents arts.
Ce qui rend ce roman pittoresque est la ferveur avec laquelle le personnage s'attache à décrire et apprécier les oeuvres et les créations décadentes de son époque. Pourtant, tout au long du récit, l'on se rend compte du rapport ambigu qu'entretient le protagoniste avec la religion en laquelle il dit ne pas croire.
Ce qui distingue ce roman de nombreux autres, c'est le fait que ce qui importe n'est pas ce qui arrive au personnage, mais plutôt les réflexions que l'auteur fait émerger dans son esprit, et les paroles qu'il lui fait dire.
Cette lecture est enrichissante si l'on s'intéresse à l'art en général, mais je pense qu'elle rebutera les lecteurs en recherche d'aventure. A vous de voir quel lecteur vous êtes.
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