5.0 étoiles sur 5
Born to write !, 5 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : AVANT LA NUIT (a.k.a Before Night Falls) (2000) [import Neerlandais avec sous-titres Francais] (DVD)
Après s'être intéressé au peintre Jean-Michel Basquiat, disparu en 1988 à l'âge 27 ans, au travers de son premier long-métrage éponyme en 1996, et avant d'adapter en 2006 pour le grand écran 'Le scaphandre et le papillon' de Jean-Dominique Bauby, mort en 1997 à l'âge de 45 ans -depuis il nous a fait cadeau de 'Miral' en 2010 qui 'dessine' la vie de plusieurs Palestiniennes entre 1947 et 1993-, le célèbre peintre et cinéaste occasionnel Julian Schnabel a mis en images la vie et la mort du poète et écrivain cubain Reinaldo Arenas, qui s'est suicidé à l'âge de 47 ans en 1990, d'après l'autobiographie de celui-ci.
Reinaldo Arenas, qui est né en 1943, n'a pas vraiment connu son père et a grandi aux côtés de sa mère chez les parents de celle-ci, de pauvres paysans, et qui a très tôt fait montre d'un réel talent pour l'écriture, rejoint les rangs des castristes dès son adolescence et, la révolution terminée, entame des études universitaires tout en travaillant à la bibliothèque nationale et écrit son premier roman 'Le puits' qui lui permet d'obtenir le 2° prix au concours national d'écriture. Homosexuel, il a la chance au départ, la révolution s'étant accompagnée dans un premier temps d'une explosion sexuelle, de pouvoir brûler la vie par les deux bouts.
Mais Fidel Castro décide rapidement de reprendre les choses en main et de mener le pays d'une poigne de fer. Les artistes sont alors considérés comme une menace (ce qu'ils sont de fait pour toute dictature) parce qu'ils symbolisent l'évasion et sont donc des contre-révolutionnaires par essence. L'homosexualité, d'abord tolérée, est désormais hors-la-loi. Du coup, l'écriture et le sexe deviennent des façons de lutter. Arrêté, Reinaldo Arenas s'évade et tente d'atteindre la Floride à la nage dans pneu, mais échoue dans sa tentative. Se cachant, faisant appel à ses nombreux amis, continuant d'écrire, se faisant publier à l'étranger grâce un ami peintre installé à Paris, Reinaldo Arenas s'attache à vivre le plus normalement possible jusqu'à ce qu'il se retrouve à nouveau en prison où il vivote en tant qu'écrivain public. En 1980, la clique de Castro laisse quelques 125.000 cubains désireux de quitter le pays partir pour la Floride. Reinaldo Arenas en est et s'installe rapidement à New-York. 7 ans après, il apprend qu'il est atteint du sida. 3 ans plus tard, n'arrivant plus à écrire, il se suicide. Au travers de tous ses écrits, il n'aura cessé de dépeindre le régime castriste dans sa réalité et de s'en prendre à l'église catholique comme à la politique américaine et aux vendus au régime qui s'appliquèrent à le faire persécuter à Cuba.
Ce 'biopic', qui est tout le contraire d'un beau livre d'images, est comme une musique qui s'élève lentement. Il est émouvant et évidemment à rapprocher du long-métrage cubain 'Fraise et chocolat' de Tomas Guttiérez Alea qui date de 1993 et traite de la même thématique. Principalement interprété par Javier Bardem, dont c'est tout simplement l'un des meilleurs rôles ; avec aussi beaucoup d'amis dont Sean Penn, absolument méconnaissable en paysan qui prend à un moment donné Reinaldo 'en stop' ; Johnny Depp dans un double rôle, en l'occurrence celui de 'Bon Bon', le travesti qui en prison fait sortir les manuscrits de Reinaldo caché dans son rectum (et en plus l'anecdote est strictement véridique!) et celui d'un jeune policier qui interroge à un moment donné Reinaldo en prison ; mais aussi des réalisateurs comme Jerzy Skolimowski ou Hector Babenco ; 'Avant la nuit' est une œuvre rare et forte dont le lourd parfum vous hantera longtemps. A ne pas manquer !
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