L’ambiance latine (donc décontractée dans l’esprit d’un Occidental) ne réside pas uniquement dans l’illustration de la pochette, mais le choix de certains compagnons de séance (le guitariste Jose Pires de Almeida Neto ou le batteur Walfredo Reyes) n’est pas que la conséquence du désir de la mise en place de climats enjoués, dansants et immédiats.
En fait,
About Time constitue une révolution, sinon culturelle, du moins intime. Le précédent album de Steve Winwood (
Junction 7) fut en effet une authentique catastrophe, boursouflée par un trop important formatage, et un échec retentissant en matière de vente. Après une pause de près de six années, le Britannique fait du passé table rase. Il crée son propre label, choisit de resserrer l’instrumentation au profit d’un simple trio (il assure les parties d’orgue et chante, naturellement, se réservant de plus, comme souvent, la fonction de producteur), n’accueillant qu’à de rares intervalles une flûte discrète ou quelques grappes de percussions de poche. Surtout, il débarrasse les compositions de toute urgence, les maintenant dans un très agréable contexte où rythmes latins voisinent avec jazz et soul, à moins que ce ne soit l’inverse.
Comme souvent dans ce genre d’exercice, à mi-chemin de la récréation et de la reconstruction, la musique, plus proche de l’improvisation collective que de la composition très structurée, dégage une chaleur humaine et une spontanéité tout à fait séduisantes. Et la version complètement délicate du
« Why Can’t We Live Together » de Timmy Thomas renvoie aux temps glorieux où, à peine post-adolescent, Steve Winwood magnifiait
« Georgia on My Mind ».
About Time est un album humble et attendrissant. Il ne bénéficie que d’une trajectoire modeste dans les classements de ventes, ce qui est tout à fait justifié : ce genre de musique intime est en effet à consommer en petit comité.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story