Absalon, Absalon !, avec Le bruit et la fureur mais aussi Parabole (injustement méconnu des critiques qui paraissent s'être arrêtés aux commentaires de Sartre sur Le bruit...), peut être considéré comme l'un des chefs-d'oeuvre de William Faulkner qui présenta à l'un de ses amis le roman en ces termes : "A propos, j’ai trouvé un titre qui me plaît : Absalon, Absalon ; c’est l’histoire d’un homme qui par orgueil voulait un fils, et qui en eut tant qu’ils le détruisirent…".
Ce livre inscrit dans une trame complexe et polyphonique la sombre destinée de Sutpen, cet homme au désir de grandeur véritablement démoniaque, dont la descendance maudite inscrit, au creux d'une modernité malade et qui pense s'être résolument dabarrassé de toute transcendance, la perte de l'Origine, l'effacement de l'Autorité.
Dès lors, avec ce roman, l'effort colossal d'écriture de Faulkner peut être lu comme une parabole (puisque l'auteur, à propos du roman éponyme plus haut cité, invite lui-même à interpréter symboliquement ses oeuvres...) qui nous relaterait les affres d'une quête de la pureté première, bien évidemment perdue en raison des péchés commis par Sutpen, quête entreprise au moyen du langage, à la fois objet de toutes les attentions de l'écrivain et de ses critiques les plus virulentes.
Oui, sans doute, celui qui se considérait, devant un parterre médusé d'étudiants, comme un simple fermier écrivant des livres, avait-il parfaitement le droit de clamer en 1939, à l'un de ses amis : "Bon Dieu, c’est moi le meilleur écrivain d’Amérique" !
Pas seulement d'Amérique, serions-nous tenté d'ajouter...