Au cours de sa carrière, Frank Miller a cumulé un bon nombre de laudatifs : Visionnaire, génie , maître du graphisme et de la narration . C'est en grande partie méritée. Pour ceux n'ayant pas connu cette époque, il fut un temps où lire des comics était honteux, voire abêtissant, la priorité étant donnée dans les bibliothèques à la BD Franco-belge .Et pourtant les rares exemplaires de comics trouvables dans les dites bibliothèques étaient systématiquement "Batman Year One " , "Dark knight" , "Daredevil : Guerre et amour", "Elektra Assassin" en plus de "Watchmen " et "V pour Vendetta" . C'est dire si la réputation de Miller n'est plus à faire.
Maintenant , il n'est pas sûr que son oeuvre intégrale survive au temps . Si les Sin City et son run pour Daredevil restent des réfèrences, je serai moins indulgent pour Ronin.
Oui ! bien sûr, l'éditeur nous bassine qu'en 1986 Miller faisait du Manga avant l'heure. Oui ! Certaines planches sont absolument superbes ! Et pourtant, j'ai lu les six chapitres laborieusement et souvent très irrité. Depuis le temps que Miller nous gonflait avec ses ninjas dans DD , on était en droit de s'attendre à une histoire complètement inédite , libérée des majors et de leur Diktat . Et bien non ! Miller refait un best of de ce qu'il avait déjà fait auparavant.
Novateur Ronin ? Encore faut il que l'histoire tienne la route !
Au XI siècle au Japon , Un jeune samouraï , quasiment sexuellement soumis à son maître assiste impuissant à sa mort . Il devient un Ronin , un samouraï sans maître , ni but autre que de venger celui-ci . Pour cela il doit tuer un démon polymorphe avec une épée magique.
Au bout de quelques pages, la vengeance devient une promenade de santé et les deux adversaires s'entretuent. Leur essence est absorbée par l'épée magique, qui découverte au XXI siècle est détruite par les lasers d'archéologues ( tout le monde sait que les archéologues détruisent systématiquement les objets qu'ils découvrent...).L'épée détruite libère les esprits des ennemis éternels au sein d'un New York ... tin...tin ...tin'apocalyptique !
Ronin est capté par un jeune telekinesiste sans bras , ni jambes et la réincarnation est tellement puissante qu'il retrouve son physique de jeune premier ...Âgir le démon , se réincarne en chef militaire et va déployer un arsenal futuriste sur le Japonais à l'épée.
Très vite on se rend compte que la trame de Miller est débile ; lui-même le reconnaît à chaque chapitre , un samouraï échappé d'une épée pour une saga cyber-punk? Vraiment ? ....
L'amateur de Miller est en territoire connu , son cahier des charges étant tellement respecté que celà en devient lassant : Méchants Punks bardés de croix gammées , résistance à la douleur , l'amputation, le monde plongé dans la folie et la cruauté . Tout cela ne serait pas si grave si le maître ne cumulait pas des fautes de goût impardonnables .
Ronin , est un héros bien pâle , et prononce à peine trois mots en 300 pages , la psychologie du méchant est totalement absente ; finie donc la partie d'échecs entre DD et The Kingpin , ici on est là pour se bastonner sur la gueule point final !
Les costumes sont horribles, Miller qui n'est pas un grand paysagiste, ne se donne même pas la peine de détailler la station Aquarius . Le personnage féminin , Casey , est d'une laideur rare pendant les trois premiers chapitres avant de transformer en clone d'Elektra . Notons que cette femme, responsable de la sécurité d'Aquarius devient une ninja experte en moins de deux heures de temps passé en compagnie de Ronin dont elle tombe bien sûr amoureuse....
Quant à l'originalité, on repassera : on reprend ce qui a marché ailleurs : le visage d'Elektra , de Ben Urich , voire de John Cheever l'aspirant maire marron de Daredevil . Le chapitre des égouts reprend son run de Daredevil où Murdock cherchant Vanessa Fisk était confronté à une bande de cannibales pustulés .
Comment aimer une histoire aussi puante que le narrateur reconnaît via ses personnages avoir bâclé ? Comment imaginer une éventuelle adaptation cinématographique face à ce fatras Et surtout quelle histoire Miller souhaite nous raconter ?
Alors que l'audace aurait été de raconter toute l'histoire de Ronin au XI siècle , ( ce qu'il fera pour "300" dans la Grèce Antique) , Miller se met en difficulté en nous racontant l'histoire d'un samouraï à New-York .
Je passe enfin sur le prix exorbitant et une traduction panini qui une fois n'est pas coutume ne connaît pas ses conjugaisons.
Miller ira jusqu'au bout du désastre en appliquant certaines de ses idées pour Robocop 2 et 3 avec le succès que l'on sait .....