On pourrait penser que tout a déjà été sur l'oeuvre de Carl von Clausewitz. De Basil Lidell-Hart à Raymond Aron, les exégètes du fameux « De la guerre » n'ont cessé de tirer les leçons, pour leurs époques respectives, des écrits du stratège prussien. Le livre de René Girard, « Achever Clausewitz » (chez Carnet Nord), prend toutes ces analyses à contre-pied, en démontrant à la fois la validité du message de Clausewitz et en affirmant que, contrairement au résumé habituel de son message, c'est en fait la politique qui court impuissante derrière la guerre. Girard décrypte donc comment Clausewitz a compris, mieux qu'aucun autre, que la guerre est avant tout un duel et que la « montée aux extrêmes » a désormais pris le pas sur toute forme de contention de la violence. Girard analyse l'aeuvre de Clausewitz sous plusieurs angles : au regard de la fascination « mimétique » de Clausewitz envers Napoléon, en perspective des textes de Hölderlin - un autre contemporain d'Iéna -, et enfin dans le prolongement du « conflit franco-allemand » et des luttes séculaires entre « le pape et l'empereur ». La vision Apocalyptique de l'histoire, au sens chrétien du terme, que nous délivre l'académicien français René Girard, en voulant aller jusqu'au bout des intuitions de Clausewitz, a de quoi dérouter (notamment ceux qui n'auraient pas lu ses chefs d'aeuvres fondateurs, Mensonge romantique et vérité romanesque et La Violence et le Sacré), mais sa convergence avec les réalités de l'histoire des deux derniers siècles et de l'actualité récente - comme l'escalade terroriste et les périls écologique - sont plus que troublant. « Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire » conclut Girard.