Du shonen ai, d’accord, mais cela ne signifie pas un univers doucereux et plein de bonnes intentions. Cela n’est pas synonyme de douceur et de beaux sentiments. Acid Town ne s’engage d’ailleurs pas dans cette voie, et c’est plutôt bon signe. Il est possible de construire une histoire apparemment sombre et aux accents mélancoliques sans passer par la case sexe. Voilà qui satisfera sans doute un plus large public et plaira aux plus prudes des lecteurs. L’auteur ancre son histoire dans un espace temps différent du notre, où la loi n’existe pas vraiment et où la seule règle est de taper plus fort que les autres, ou d’être plus malin. Pour survivre il n’y a pas beaucoup d’autres solutions. Un monde en guerre, une ville à la dérie ou deux adolescents tentent de trouver une place qui acceptera de les recevoir. Un petit coin rien qu’à eux, tranquillement. Sans gêner personne. Sauf que Yuki a besoin d’argent pour payer les frais d’hospitalisation de son petit frère Jun, gravement malade. Alors lui et son meilleur ami Tetsu tentent de braquer la Seidokai, une importante organisation aux airs de mafia qui ne compte pas laisser cet affront impuni ! Mais leur chef actuel, un yakuza plutôt posé et réfléchi, décide de ne pas divulguer cet incident. Mieux, en échange du silence des deux jeunes gens et des visites régulières de Yuki, il accepte de payer les frais pour la prise en charge de Jun ! Tout va bien, donc, jusqu’à ce que le passé de Yuki refasse surface ...
L’ambiance créée dans ce premier tome est assez équivoque : c’est le monde de la nuit, le monde de la violence et de l’impitoyable. Les deux garçons y sont plongés de force, mais on se plait rapidement à découvrir tout ce qui gravite autour d’eux. Les membres de la Seidokai, une ombre du passé de Yuki, Jun et son air innocent ... Ce premier tome est là avant tout pour poser des bases saines et sûres. Comme une introduction qu’on apprécierait de lire et de savourer, mais qui ne permet pas encore à l’histoire de décoller. Le scénario est intéressant et amène à beaucoup de pistes de réflexion, notamment dans la seconde partie qui nous promet beaucoup de choses. A voir si le second tome suivra, en tout cas pour l’instant c’est un bon moyen de commencer la série : en douceur, avec de l’action et beaucoup de questions. Un univers original, des adolescents attachants sur lesquels on attend avec impatience d’en savoir plus, voilà un bon cocktail. L’auteur maintient une certaine humilité et une grande pudeur dans son style, exposant ce qui est nécessaire dans la douleur des personnages, dans leurs souffrances. Mais elle n’hésite pas à insister sur les instants de bonheur, même éphémère, qui justifient d’autant plus la brutalité de la redescente. La lecture est très fluide, ce premier tome se lit bien et la simplicité dont fait preuve l’auteur nous aide bien, puisque la narration aurait pu être complexe et torturée. Ici, elle est juste authentique et on va se jeter sur le tome deux afin de savoir. Savoir quel passé a Yuki, savoir ce qu’il y a à cacher de si important dans la vie de cet ado en perdition.
Les graphismes aident beaucoup à l’appréciation qu’on fait de ce premier tome ! En effet, le style de l’auteur est à la fois épuré et construit. Les expressions sont représentées avec une finesse toute particulière, les visages se différencient bien et on ressent chaque aura des divers protagonistes. Le dynamisme du cadrage, avec des plans larges, permet au lecteur de bien s’étendre sur des scènes même parfois comiques par une maladresse ou une incompréhension. Il est alors important de voir que la légèreté a également la place ici, et que l’auteur n’oublie pas de distiller un peu de fraicheur dans son trait. A contrario, les décors sont un peu vides et froids mais si l’on y réfléchit bien cela colle parfaitement avec l’ambiance du manga. Une ville dénuée de chaleur et des humains livrés à eux-mêmes, un monde en perdition qui se représente très bien dans le vide et la solitude des protagonistes sur certaines pages. L’édition de Taifu est tout à fait correcte, malgré un certain nombre d’onomatopées encore non adaptées. Dommage que tout ne soit pas fait en ce sens ! En quelques mots, un premier tome qui démarre bien, avec un réel intérêt pour l’ambiance et l’univers créé mais qui demandera un peu plus d’approfondissement par la suite pour réellement s’étayer.
NiDNiM
(Critique de www.manga-news.com )
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