En 1987 sortait le deuxième album studio des Pet Shop Boys, connu pour avoir déplacardisé l’icône Dusty Springfield, <I>guest star</I> de <I>What Have I Done to Deserve This?</I>. Fidèles à leur humour <I>tongue in cheek</I>, ils lui donnaient comme au premier, <I>Pet Shop Boys, Please</I> un titre à lire avec le nom du groupe. Malgré la flatteuse réputation de <I>Behaviour</I> (1990), celui-ci reste à mon avis le vrai classique des Pet Shop Boys, la B.O. de l’époque. L’écriture est d’un niveau finalement assez rarement atteint par la chanson populaire. Qui donc a pu à ce jour se prévaloir de textes et de musiques de cette qualité et en parfaite interaction ? Steely Dan, certainement. Bacharach et David, sans doute. Roxy Music à ses débuts, Bowie dans son registre propre. Bob Dylan ? Peut-être un rien plus faible musicalement. Marvin Gaye, Aretha Franklin, Stevie Wonder, à l’inverse, un peu moins forts côté textes. Depeche Mode inapprochable dans ses meilleurs chansons, mais qui n’a jamais vraiment tenu la distance sur un album entier, le dernier grand groupe de singles, notamment en 1987. Ce qui nous ramène à <I>Pet Shop Boys, Actually</I>, tous synthés dehors, DDD dernier cri. Finies les guitares, finie la chaleur organique de la bande magnétique analogique. Car au-delà du réalisme cruel de <I>Rent</I> ou <I>Shopping</I> (ce sont les années fric), le son joue un rôle essentiel. Dès le premier titre, <I>One More Chance</I>, on retrouve ce sentiment de déréalisation d’une époque apocalyptique, où dans l’accomplissement du désir se <I>révélait</I> un vide existentiel dépressif, nauséeux. Mais même sous le soleil utopique de Californie ou de Floride, même sous les néons de New York, même à l’âge de la suppression utopique de toutes les entraves au plaisir où l’argent est censé normaliser, fluidifier et dissoudre toutes les relations, il n’y a jamais que des âmes perdues en quête d’être. Tout bien pesé, un des grands disques des vingt dernières années, avec, après le méga-tube <I>It’s a Sin</I>, trois dernières chansons sublimes, intouchables.