Voilà un livre, issu de la thèse de philosophie de l'auteur, qui nous appporte un vision de Smith qui nous change des niaiseries entendue tant de la part des journalistes, des gauchistes et de leurs alter-ego libéraux sur la "main invisible".
Smith entendait souligner que l''harmonie sociale n'est pas naturelle mais est assurée par le souverain qui a l''intuition de l''harmonie globale du système et dont l''objectif est de « perfectionner intentionnellement l''ordre sub-optimal et non intentionnel de la société ». Les théoriciens de la « loi de la jungle capitaliste » ne peuvent se fonder en aucune manière sur l''œuvre de Smith, dont on pourrait rapprocher la vision de celle que Fernand Braudel a formulé dans sa
La dynamique du capitalisme (1985) : le capitalisme, laissé à lui-même tend à tuer l''économie de marché par la création de monopoles.
On peut suivre Michaël Biziou quand il fait du laisser-faire de Smith, non pas une application de la doctrine physiocratique de Quesnay , mais une défense de l''Etat contre la rapacité des marchands « le problème est moins de libérer le marché de l''intervention de l''Etat que de libérer l''Etat de l'intervention des marchés » (2003, p. 180).
Contrairement à une idée tenace, il n''est pas possible de considérer l''économie politique telle que la conçoit Smith comme une science autonome définissant ses propres fins et délivrée de la tutelle de la philosophie morale.
Biziou conclut qu'Adam Smith était plus un philosophe moral (disciple de Hutcheson) qu'un économiste. Il a été habilement récupéré par le Premier ministre William Pitt qui avait parfaitement compris comment il pouvait manipuler les travaux de Smith dans sa stratégie de puissance de l'Angleterre qui, une fois parvenue au faîte de sa puissance par le protectionnisme, n'avait plus de plus sage parti que de convertir les autres pays au libre-échange... pour écouler ses produits!