Addicted! est donc le volet numéro 2 de la tétralogie du Devin Townsend Projet. Le moins que l'on puisse dire c'est que ce dernier n'a que peu de rapport avec Ki, car la teneur du disque est résolument métal.
Townsend revient à des sonorités qui lui sont chères, car ce Addicted est fortement marqué par l'emprunte Ocean Machine et dans une moindre mesure celle de Infinity . En fait, les deux derniers disques que Devin avait composé lorsqu'il était hors de toutes addictions. Sa seule addiction à l'époque étant la musique. Une fois de plus, ce disque va vous rendre complètement accroc tant ses quarante-six minutes sont prenantes, intenses et oppressantes.
Vous n'avez qu'à vous mettre entre les feuilles le riff d'éléphant de « Numbered ». C'est clair, ici point d'aventures jazzy ! Ce n'est que du métal moderne et singulier. Devin voulait depuis longtemps que son chant soit contrebalancé par une voix féminine. Pour assouvir son envie, il a fait appel à un diamant. Je devrais dire le diamant : Anneke van Giersbergen. On ne peut que l'applaudir pour ce choix qui se révèle imparable, tant le timbre de la Hollandaise, colle à la dynamique mélodique du Canadien. Comme à l'accoutumée, la production est un travail d'orfèvre. Celle-ci vous explose littéralement à la figure. Le line-up de la formation a encore bougé car c'est Mark Cimino qui assure les parties de guitare, en complément de celle du commandant de bord. Brian Waddel, un ami de longue date de Devin, se charge de la quatre corde, tandis que le très dynamique Ryan Van Poederooyen martyrise les fûts.
Ceux qui se sont nourris de Ocean machine vont boire ce Addicted jusqu'à plus soif, immédiat dès la première pression. Le titre éponyme vous met tout de suite dans l'ambiance avec un Devin remonté comme un coucou suisse, qui crache littéralement ses tripes, pondéré par une Anneke tout en vocalises en arrière plan. Ce titre est une spirale où se bousculent bruitages électroniques et riff ultra lourdingues. C'est quasiment de l'industriel. Le pont, d'ailleurs, se tourne vers des délires distordus. Ça s'entend que le bonhomme a bossé avec Steve Vai. Pas de temps morts. Car tout de suite, une grosse rythmique de basse nous fait plonger dans le tout aussi urbain « Universe in a Ball », qui vous carbonise le cerveau en raison d'une dynamique tellurique. Morceau shaker quoi ! « Bend it Like Bender » est un tourbillon entêtant qui met à l'honneur un refrain ritournelle, mené de voix de maîtresse par une Anneke toujours aussi divine. Quant à « Hyperdrive », c'est une chanson véloce et aérienne à la fois. Un titre pied au plancher qui met une fois de plus Anneke sur un piédestal, parfois doublée au second plan par un Devin démoniaque, sur fond de musique emphatique. « Resolve » est foncièrement heavy voire punkoïde dans son refrain à deux voix. Du plomb, l'alchimiste tire de l'or. Devin y mixe allégrement violence et mélodie.
La seule plage qui nous accorde un peu de repos est la ballade « In-ah », au titre volontairement ridicule. Un repos salvateur quand on sait ce qui nous reste à nous enquiller notamment un « Awake » tout aussi inquiétant que le titre introducteur.
Addicted est heavy, sale et lumineux. Devin Townsend réalise une fois de plus le disque indispensable et Anneke doit véritablement manquer à The Gathering, tant sa performance est incroyable.