Pour son premier album solo Mike Patton nous a pondu une oeuvre ultra-bruitiste faite à partir d'expérimentations sur sa voix. Il faut dire qu'il les avait déjà commencé à l'époque en 1992 sur Elegy, un album avant-gardiste de John Zorn mêlant effets électroniques et musique de chambre. Sur Adult Themes for Voice, il s'emploie à toute sorte d'effets vocaux : le cri bien évidemment avec toutes ses variantes, le chant parfois mais aussi le rire, le grognement, le gargarisme, l'étouffement, le hénnissement, le mugissement, la toux, le beuglement etc... Donc tout ce que peut faire la voix dans un registre grave, médium ou aigu est prétexte à manipulation en tout genre à travers des filtres de distorsion, d'échos, de réverb ou d'effets d'accélération et de ralentissement de la matière vocale originelle. Il faut prendre cet album comme un exercice de style et de recherche expérimentale sur la voix, comme John Zorn l'avait fait pour son Classic Guide to Strategy avec ses embouts de saxophone et de clarinettes. Par la suite, le chanteur reprendra ces quelques expérimentations techniques dans Mr Bungle, Fantômas, Hemophiliac (un trio d'improvisation avec Ikue Mori et John Zorn), Weird Little Boy, Maldoror (un duo avec Merzbow) et bien sûr avec le Moonchild Trio, voire Faith No More ou Tomahawk dans une moindre mesure. La part belle de l'album revient à une forme de Noise vocale mais au milieu de tout çà surgit des moments plus calmes franchement ambient assez intéressants. Les titres ont été composés dans des chambres d'hôtels (bonjour les voisins de chambre !!!) pendant les tournées de Faith No More uniquement à partir de microphones et enregistrés sur un quatre-pistes. Je vous conseille d'écouter les titres dix par dix, c'est plus digeste. Et puis si vous aimez ce genre d'exercice de style, ruez-vous sur Yamastuka Eye (Boredoms, Naked City, Painkiller, Praxis, Hanatarash...), Theo Bleckmann, Diamanda Galàs ou Peter Blegvad (Slapp Happy, The Golden Palominos, Locus Solus) voire Edda dell'Orso dans les soundtracks obscurs de Ennio Morricone (la compilation Crime and Dissonance est très bien pour commencer) quand sa voix est utilisé comme instrument.